Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 19:30
Effet collatéral inattendu de la fermeture du tribunal d’instance, la disparition de la “ chronique judiciaire ” oblige la P2R canal wissembourgeois à revoir sa stratégie des marronniers. Tout le monde avait remarqué cette reproduction amusante en fait des édifiantes leçons du juge local qui ne manquait jamais de fustiger les manquements à la politesse élémentaire ou ces fameuses incivilités dont il conviendrait de préciser les contours.
Lorsque l’on est dépositaire de l’autorité, est-il par exemple mal-élevé de s’adresser
aux femmes en les appelant par leur prénom quand on utilise “ Monsieur … ” dès lors que l’on s’adresse à un homme,
aux hommes de couleur en les appelant par leur prénom quand on utilise “ Monsieur … ” dès lors que l’on s’adresse à un homme à la peau blanche,
aux autres en général en massacrant la langue française, en refusant par avance tout recours à la double-négation, et en pratiquant les accords approximatifs ?

Mais revenons à nos moutons transylvaniens. Cette chronique est maintenant transférée à Haguenau pour le plus grand bonheur des lecteurs qui ne manqueront pas de tirer les conclusions les plus morales du rapport des séances d’un tribunal dont il ne reste plus maintenant que des bâtiments et un vague souvenir.

Heureusement, la puissance publique en général, et les représentants du gouvernement en particulier [ à ce propos, il faudrait tout de même en finir avec cet abus de langage qui gratifie les fonctionnaires préfectoraux du titre de représentant de l’État ; ils ne sont en réalité que des représentants d’un gouvernement qui ne se gêne d’ailleurs pas pour les déplacer au gré de ses humeurs, voire de ses intérêts immédiats, en particulier électoraux. ] veillent au grain. On a ainsi instauré à la sous-préfecture une cérémonie semestrielle de remise des diplômes de nouveau Français. Nous en saurons comme ça un peu plus sur nos nouveaux compatriotes dont les uns “ s’expriment en bon français ” ou bien s’ils “ sont bien intégrés dans le village ”, ou encore s’ils travaillent, comment ils s’appellent et depuis combien de temps ils résident dans un pays dont les “ droits [sont] énoncés par la devise républicaine – Liberté, Égalité, Fraternité – mais [donne] aussi des devoirs ”, de quel(s) diplôme(s) universitaires ils sont titulaires, s’ils se plaisent en France, qui les recommande [ cette fois, le critère de francité était représenté par les maires des communes concernées. ].

Comme la nouvelle patrie sait être sévère mais juste, une fois un – petit –film sur “ ce qu’est être Français ” regardé et l’hymne national écouté debout – presque – religieusement, tout le monde s’est retrouvé autour d’un verre obligatoirement de l’amitié qui a marqué le point final de cette cérémonie souriante.

Dans ce contexte de terroir qui ne saurait mentir, on attend avec impatience la mois de juillet prochain pour avoir le bonheur de relire, sans doute au mot-à-mot, ce diamant de prose dégoulinant de flagornerie convenue. Au passage, on recommandera l’usage de la majuscule autant que faire se doit.

Le “ journaliste ” (sic !) ne nous précise pas si les impétrants ont été inscrits sur les listes électorales [ à ce propos, le site du 1er quotidien d’Alsace, a une nouvelle rubrique consacrée aux élections régionales. Entre un quiz, une boîte à idées, la campagne électorale et les résultats, il propose d’en savoir plus sur les listes candidates et commet l’erreur impardonnable de confondre liste électorale (celle des citoyens qui votent) et liste des candidats : ça ne fait pas très professionnel ! ] en vue des prochaines élections régionales. Parce que pour s’inscrire, maintenant, c’est trop tard. Tant pis pour eux, peut-être.

dnaEt comme il ne faut pas être en reste, on en remet encore une couche sur la “ délinquance qui baisse ” [ c'est forcément vrai puisque cette information émanant des services de police ou de gendarmerie a été recoupée avec celle émanant des services de gendarmerie ou de police ] sur fond de photo non moins édifiante mettant en scène les protagonistes de notre tranquillité [  Je prends la liberté de publier ces “ photosDNA ” qui ne m'appartiennent pas et que j'ai rassemblées dans un ensemble saisissant et terrible à la fois, tant le contraste entre les uns et les autres rend compte de l'idée qu'ils se font du moment fixé sur la pellicule. ]. Tous ceux qui ont fait leur service militaire se rappellent combien on était pointilleux sur l'uniforme, en particulier sur le nœud de cravate qui allait avec la tenue numéro 1, celle des grandes occasions. Aucun air débraillé n'était toléré ! Il fallait que l'apparence inspire le respect. C'est exactement ce qui se dégage de cette immortalisation qu'il est bon de mettre en parallèle avec les vêtements que les “ nouveaux Français ” ont choisi d'endosser pour donner de leur personne une dignité qui les honore.
Cela rappelle cette anecdote d'un compatriote, arrivé en France dans les années 30, avec ses parents, yiddishophones, de sa Pologne natale. Très bon élève, il était cité à la distribution des prix de son école primaire du 13ème arrondisement parisien. Il raconte ses parents, Polonais, pauvres, casquetiers, qui ne comprenaient pas un mot de français, mettant leur plus beau costume, façon pour eux d'honorer ce pays qui instruisait leur fils à qui ils demandaient de traduire ce qui se disait. Vive la République !
Et on rappellera cette chanson, “ ma France”, celle de Jean Ferrat, le pestiféré des ondes françaises :

Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirai pas d'écrire ta chanson
Ma France

Au grand soleil d'été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France

Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille
Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France

Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstiné de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain
Ma France

Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France
Par pumpernickel - Ecrire un commentaire
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