Vendredi 3 février 2012 5 03 /02 /Fév /2012 14:00

Les choses se sont faites rapidement. Il fallait bien essayer de trouver une solution à cette maladie chronique qui ronge cet homme depuis des mois, ou des années, et qui ne se guérira pas toute seule, la dette toujours renouvelée, les agios toujours à payer, et la "rente perpétuelle" dont se gave son créancier. Je suis donc allé voir M. le Banquier, et j'ai ensuite écrit cela à une sénatrice et à une députée (c'est elle qui tient à son "e" final), l'une et l'autre socialistes, après avoir obtenu, pour M. S. P. quelques aménagements à sa situation.

Madame la Sénatrice, Madame la Députée,

Permettez-moi d'évoquer le cas de M. S. P..., mon voisin, à qui il m'arrive de rendre quelques services. Hier, mercredi 1er février, je l'ai accompagné dans les bureaux de la banque LCL, avatar prospère d'un Crédit lyonnais dont j'ai vu, en mai 1996, le siège parisien détruit par un providentiel incendie accidentel – c'était la belle époque où un incendie volontaire embras[ait] les entrepôts du Havre qui abritaient les archives du [même] Crédit lyonnais (in Eva Joly, Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?, page 95, Éditions Les Arènes 2003, coll. Folio.

Un chargé de clientèle des plus courtois m'a expliqué, ainsi qu'à M. P... - à qui sa maîtrise assez laborieuse du français tel qu'il s'écrit dans les conditions générales et particulières de vente ne rend pas la vie facile -, qu'il était normal qu'un retrait de €20,00 au guichet d'une autre agence que celle du centre-ville entraîne des frais supérieurs à €7,00, tout comme il était normal qu'un découvert autorisé s'accompagne de la facturation d'agios à plus de 16% l'an (un taux bien proche de celui auquel le même LCL étrangle, directement ou indirectement, la Grèce et les Grecs, et pas seulement elle et eux, d'ailleurs), et que si une carte de paiement, voire de crédit, estampillée VISA lui avait été délivrée (cotisation annuelle d'environ €26,00), c'était pour lui permettre de régler des achats dans des magasins en France ou à l'étranger...

M. P... a vu son autorisation de découvert réduite récemment de €500,00 à €400,00, ce qui, au fond, est un bien pour lui, grâce à l'intervention d'une assistante sociale. Qu'elle en soit remerciée. Mais M. P... doit, dans les plus brefs délais, être délivré du carcan de cette dette, ce découvert autorisé vendu à un prix insane, certainement parce qu'il n'a pas les moyens de discuter, étant pauvre.
Peut-il encore réduire ses dépenses, lui qui est bénéficiaire du RSA, et a donc un revenu qui le place sous le seuil de pauvreté, et très près de celui de la misère absolue - il lui reste encore à perdre son logement pour y basculer. A l'évidence, non.
Peut-il espérer voir ses revenus augmenter ? Dans un pays où le chômage frappe des milliers de personnes de plus chaque mois, il n'a aucune chance, à 55 ans ou plus, de trouver un emploi, fût-ce de balayeur (il n'a pas de diplôme). Il est donc "inemployable", comme on dit rue Pierre-1er-de-Serbie.
Peut-il espérer en la générosité de ses voisins ou amis ? Certainement, puisque je suis personnellement prêt, dans les mois à venir, à partager avec lui une part de mes revenus personnels [...]. Mais je ne peux trouver seul les 300 ou 400 euro qui lui permettraient de faire table rase de son passé débiteur, pour revenir à une situation "normale", du moins du point de vue comptable.

C'est pourquoi je me tourne vers vous pour vous demander, à chacune, en tant que parlementaires socialistes et élues [...], de bien vouloir tout mettre en œuvre pour que les services concernés octroient à M. Pathammavong un don de 200 euro au minimum qui devrait lui permettre d'apurer sa situation. Pour ma part, je m'engage à faire l'effort financier qui complètera celui de la collectivité. Et si cette collectivité ne peut, pour mille raisons - y compris celle qui veut que si on aide l'un on devra aider tout le monde et que, ne le pouvant, on préfère au nom de la justice n'aider personne -, rien ne vous interdit de donner, à titre personnel, ces 200 euro nécessaires. 100 euro, face aux indemnités qui sont les vôtres, et aux allégements divers et variés dont vous bénéficiez, combien cela pèse-t-il ?

Veuillez croire, Madame la Sénatrice, Madame la Députée, à l'expression de mes sentiments les meilleurs.

Parti par voie électronique hier, ce message a provoqué la réponse suivante d'une des deux destinataires (la sénatrice, élue depuis peu, mais toujours conseillère générale et adjointe au maire d'une grande ville - abondance d'indemnités et de titres ne nuit pas)

Bonjour,

J'ai pris connaissance de votre sollicitation concernant le cas de M. S. P. Au vue (sic) des élément (re-sic) que vous me transmettez, je ne peux que l'encourager à aller au Centre communal d'action sociale (CCAS) présenter sa situation et faire la demande d'une aide d'urgence.
Je vous transmets, monsieur N..., mes meilleures salutations.

J'ai pensé à Coluche, qui disait qu'on écrirait aux pauvres pour leur expliquer comment se passer de l'argent qui leur manque et qui, chez lui, laissait dans une boite à biscuits quelques billets de 500 francs - cela valait quelque chose à l'époque - où certains visiteurs impécunieux pouvaient venir puiser sans même demander, car il savait, lui, à quel point il est cruellement humiliant d'avoir à demander l'aumône.

Publié dans : Régis Hulot - Par Régis Hulot - Ecrire un commentaire
Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

visites depuis le 01/01/08

Présentation

 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés