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Il n’aura pas fallu attendre trop longtemps pour que ce qui nous sert de gouvernement montre quels sont ses réels projets, et quelles distances il compte
prendre avec les règles élémentaires de l’exercice démocratique.
D’abord, et que cela soit enfin clair pour chacun et chacune d’entre nous, l’onction du suffrage universel ne donne pas le droit de tout faire, même si une
certaine paresse intellectuelle, comme dirait Attali, le rallié, en particulier de la Représentation nationale autorise le pouvoir exécutif à s’asseoir sur celui qui devrait le contrôler. Qui a
pensé que mettre dans l’urne un bulletin pour Monsieur N. Sarkozy équivalait à faire des cadeaux fiscaux à quelques dizaines de milliers de personnes, cadeaux qui seraient ensuite payés par
quelques dizaines de millions d’autres ? Qui pensait que l’une des premières initiatives du pouvoir serait d’aller se pavaner avec quelque milliardaire sur un bateau du plus mauvais goût
pour en mettre plein la vue à un Peuple que l’on ne paraît pas trop respecter ? Qui aurait pensé que l’on tolèrerait qu’un secrétaire d’état se permette d’employer un vocabulaire que les
parents responsables déconseillent à leurs enfants ? On sait par ailleurs que dans n’importe lequel des pays de cette Union européenne dont on nous rebat les oreilles, un ministre de la
Justice , qui se serait permis le dixième de ce qu’a osé Madame R. Dati à propos de ce qu’elle prend pour son rôle sur la magistrature, aurait dû démissionner dans les 24 heures. Et on
pourrait continuer ainsi interminablement, hélas, tant bévues, approximations et usurpations sont nombreuses.
Ce charivari institutionnel se joue devant un public médusé, manipulé par une presse aux ordres, à l’affût de tout ce qui pourrait faire monter la sauce. Un jour ce sont les poignées d’amour du président, le lendemain les états d’âme de son épouse, une autre fois c’est le premier ministre qui se répand ou affecte de le faire sur la place que l’on ne lui ménage pas, puis le président qui le traite de collaborateur (en fait il pensait sans doute domestique, mais les esprits ne sont pas encore mûrs pour ce type d’expression).
On n’hésite pas à lancer des sortes de ballons sondes qui ressemblent à s’y méprendre à ceux qu’affectionne l’extrême-droite selon un rituel immuable en
trois temps : d’abord une énormité, ensuite machine arrière tout en disant qu’il ne faut rien considérer comme tabou (c’est d’ailleurs la technique de l’ex-nouvelle droite, qui utilise
fréquemment ce substantif en invoquant la "nécessité" de "discuter" de tout, sauf de la réalité mortifère du régime nazi.), enfin, on passe une mesure qui est à mi-chemin entre la situation
précédente et celle décrite dans l’énormité, puis on attend pour recommencer sur un autre sujet. C’est à cet exercice que joue notre duo, le "dur" étant l’hôte de Matignon qui pleure sur le sort
que lui réserve le "doux", celui de l’Elysée. Qui n’a pas envisagé cela sous cet angle ne peut vraiment saisir où ils nous emmènent, en excipant imperturbablement les 53% de voix obtenus par
Badinguet-le-Petit au mois de mai 2007.
Observons maintenant l’un des thèmes de cette rentrée, celui de ces gens que l’on appelle les "illégaux", comme si un être humain pouvait être illégal. Monsieur B. Hortefeux, vice-ministre de la police, dont le parcours politique est intéressant à découvrir (il recoupe celui de quelques autres "amis" politiques de Monsieur N. Sarkozy) estime qu’aucun sujet ne saurait être tabou (ce n’est tout de même pas ma faute s’il utilise les mêmes mots et dans le même sens que ceux qui fréquentent les cercles ultra-réactionnaires), qu’il faut faire des tests ADN sur les candidats au regroupement familial et que les préfets doivent respecter des quotas de reconduites à la frontière. On fait du chiffre sur des êtres humains, ça c’est de la morale !
Rien n’empêche un citoyen d’aller chercher dans l’Histoire une période ou un régime qui aurait imposé des quotas d’interpellations ou de rétention
administrative (cette disposition a la particularité d’interner des gens sans que les services judiciaires soient au courant, et cela ressemble à de l’autoritarisme dur). Malheureusement pour
Monsieur B. Hortefeux, c’est dans le stalinisme finissant que l’on trouve une trace écrite de ces quotas d’arrestations, avec mise en demeure pour les exécutants d’atteindre les objectifs du
plan. Et quand notre homme en remet une couche en disant que les préfets qui font un peu de zèle verront leur traitement augmenté de 12%, cela nous emmène dans des zones historiques détestables
qui sont, pour ceux qui les ont vécues, synonymes de privations, de vexations, de déportations, de torture, de discrimination, de délation rémunérée, bref de tout ce que voulons épargner à ceux
que nous aimons. Cette France a une drôle de tête, celle des mauvais jours de la contre-réforme, celle de la revanche d’une minorité, les possédants, contre la majorité, tous les autres. Et
quelle crédibilité a-t-on quand on envoie sa police arrêter des enfants dans une école, en menottant des parents comme on s’abstient de le faire avec un ancien premier ministre pourtant inculpé
ou un ancien président de la république pourtant confondu par un nombre incalculable de "collaborateurs" ? Parler maintenant de rafles n’est plus un excès de langage, et ce n’est pas à
l’honneur de notre pays, de mon pays, de l’idée que nous nous faisons de la nécessité de vivre ensemble en bonne intelligence en respectant les différences. Il faut reconnaître que les signaux
envoyés par ces trois premiers mois de "gouvernement" du président ne sont même plus inquiétants puisqu’ils font maintenant froid dans le dos.
La question que l’on a maintenant le droit et le devoir de se poser est celle de se demander à qui on va s’attaquer quand on en aura fini avec ceux que l’on nomme "illégaux". Quand on "responsabilise" les malades mentaux, que le président veut traduire devant les tribunaux au prétexte que cela fait partie du processus du deuil (!) et que l’on envisage de dédouaner les criminels financiers, on est typiquement dans un système d’inversion des valeurs et de criminalisation des pauvres, s’inspirant de cet aphorisme qui nous dit qu’un pauvre qui est stupide, c’est un stupide, et qu’un riche qui est stupide, c’est un riche.
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