Vendredi 9 mars 2007 5 09 /03 /Mars /2007 22:10

Elections provinciales aux Pays-Bas

 

Complètement occultées par les media français, elles méritent d’être observées en ce qu’elles apportent quelques éclairages que pourraient méditer les "politologues" en culottes courtes qui nous abreuvent de leurs commentaires sur la situation "en Europe", histoire de nous la jouer "tendance".

 

En ne s’en tenant qu’aux résultats, sur 564 sièges à pourvoir dans les 12 provinces [équivalent français de nos régions], les partis de la coalition de centre-gauche obtiennent 303 sièges qui leur permettent d’envoyer 41 sénateurs, soit un de plus que la majorité requise, uniquement grâce au score  du plus petit partenaire de cette coalition étrange, les deux autres partenaires ayant perdu 55 sièges ! Pour que les choses soient claires, rappelons que les mêmes partis avaient obtenu 342 sièges aux dernières élections de 2002. Voilà qui aurait permis aux commentateurs formatés de la galaxie audimateuse de nous déclarer, au cas où cette péripétie démocratique les aurait inspirés,  que les partis au pouvoir maintiennent leurs positions. Avec plus de 10 % de perte, ce qui n’est pas mal pour des partis qui ont passé près de trois mois à peaufiner un accord gouvernemental. 

 

Mais alors qui a gagné ? Il ya en gros deux vainqueurs, l’un à la marge représenté par le "parti pour les animaux", avatar batave du courant porté en France par une has been du cinéma dont il vaut mieux taire le nom. Ce courant de "pensée" rencontre sur les rives de l’IJ un écho assez surprenant qui mêle des sentiments écolos primaires à de fumeuses considérations morales [il s’agit ici d’une opinion personnelle qui s’appuie sur les déclarations de Marianne Thieme qui semble plus préoccupée de la situation des animaux de compagnie que de ceux qui ont la responsabilité des ces animaux de compagnie]. Mais on connaît ça en France et on en a eu l’autre jour une illustration grandeur nature avec la prestation de l’invité de France Inter le 5 mars dans le "sept – neuf-trente". Cette personne, dont il est préférable comme pour l’autre de taire le nom, s’est engagée dans ce que l’on appelle "un tunnel" en radio quand elle est partie dans la défense des animaux de compagnie, qu’ils étaient le soutien psychologique indispensable de millions de Français, que c’en était grotesque. Sans le savoir elle donnait raison au regretté Pierre Desproges qui disait qu’il y avait plus d’humanité dans l’œil d’un chien quand il remue la queue que dans la queue de cette personne quand elle remue un œil.

 

Mais revenons aux élections régionales néerlandaises. L’autre gagnant, c’est comme d’habitude. Depuis le NON au referendum dont il a été l’un des grands artisans et donc l’un des grands vainqueurs, ce parti ne cesse de conforter sa place d’autre terme de l’alternative. Il a transformé l’essai aux élections municipales, puis aux élections législatives de l’an dernier en quasi-triplant le nombre de ses représentants au Parlement, passant de 9 à 25 sièges (sur les 150 à pourvoir). Cette fois, il disposait de 29 sièges, et en obtient … 83, soit un gain de 186 %. Cette performance lui permet d’envoyer 12 sénateurs à la première chambre. 

 

Mais quel est donc ce parti ? Emmené par un leader charismatique, Jan Marijnissen, issu de l’extrême-gauche maoïste, organisé à la base et implanté d’abord dans le sud-est du pays, Nimègue en particulier, le SP (socialistische partij / parti socialiste, qui n’a rien à voir avec le PvdA, Partij van de Arbeid / parti du travail, ou travailliste et affilié à l’internationale socialiste comme le PS français) commence son travail de terrain en 1972. Les années qui suivent sont faites de hauts et de bas, sans que rien ne semble contrarier le jeu bien rodé des grands mouvements dominants issus d’un système social très structuré. Les choses commencent à changer il ya une bonne dizaine d’années avec les effets de l’inéluctable mondialisation qui fractionne la société, fracture les solidarités, morcelle le mouvement social et attise les égoïsmes. C’est sur ce terreau que le SP développe sa stratégie de conquête du pouvoir local, facilitée par un système unique, quelle que soit l’élection, de représentation proportionnelle intégrale. Il fait élire des conseillers municipaux, puis des conseillers provinciaux, des sénateurs et des députés qui se distinguent par leur rigueur, leur honnêteté, leur disponibilité, leur travail et leur compétence. Pour prendre un exemple, ceux qui siègent à Strasbourg à l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe voyagent seuls, en train, prennent les transports en commun, sont présents du début à la fin de la session, ne s’enrichissent manifestement pas. Cela mérite d’être noté.

Tout cela finit par payer électoralement, et depuis une petite dizaine d’années, le SP engrange succès sur succès en restant sur des positions qui n’ont rien à voir avec la collaboration de classe : défense des services publics, défense du système de santé et des retraites, retour du pouvoir au citoyen, riposte à la hausse des loyers, opposition à la privatisation, défense des sans-abris, etc.

A la suite des élections de novembre dernier qui ont vu le SP, fort de ses plus de 50 000 adhérents, accéder à la 4ème place politique nationale et invité au tour de table préparatoire à la mise en place d’un nouveau gouvernement, il préfère rester dans l’opposition et ne pas apporter sa caution à un "Balkenende 4" qui montre déjà ses limites. Car marier la gauche et la droite, ça ne fonctionne ni très souvent ni très longtemps.

Publié dans : pumpernickel - Par pumper - Ecrire un commentaire
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