Vendredi 1 décembre 2006 5 01 /12 /Déc /2006 11:57
Le pauvre Régis est raide fauché. Non seulement il n'a pas de salaire ou de quelconque activité rémunérée, mais il n'a pas non plus d'indemnité d'aucune sorte, ce qui est normal puisqu'il peut vivre de la générosité de ses proches (au fond, c'est un peu un feignant…).
Bien qu'étant dans cette situation il a un compte bancaire, ouvert aux "chèques postaux" comme on disait naguère dans les années 70, et maintenant à la beaucoup plus respectable et impressionnante "banque postale".
 
Par définition, les gens fauchés n'ont pas ou ont peu d'argent, et il leur arrive de dépenser un peu plus que ce qu'ils ont sur leur compte (pour l'argent dans la poche, c'est impossible, donc c'est mieux d'un certain point de vue). C'est ainsi que Régis a été à découvert. De 4,37 euro, et pendant 24 heures (du 14 au 15 septembre 2006). Et comme c'est normal il a payé des agios.
 
Combien ? 1 euro, un tout petit euro (il n'est pas inutile de rappeler que 1 euro est la contre-valeur de 6,55 francs avec lesquels on pouvait faire beaucoup de choses…), c'est à dire la somme forfaitaire minimale trimestrielle pour utilisation du découvert autorisé.
C'est bien peu, un euro, mais le chiffre est trop "rond" pour ne pas inquiéter. Alors, notre Régis a pris sa calculette, et il a calculé que cet euro représentait un taux d'intérêt annuel de 8.352,40%. Et il a calculé également que si cet euro avait été le fruit du calcul d'agios au taux officiellement appliqué (13,50% l'an), cela aurait été la conséquence d'un découvert de 4,37 euro non pendant un jour mais pendant près de 2 ans, c'est à dire 618 jours. Et si cet euro payait la banque pour une seule journée de découvert, il faudrait qu'il atteigne 2.703,70 euro.
 
Régis a donc appelé son "centre financier". Il s'est plaint. Il a dit que cela lui paraissait injuste, que cela pénalisait les plus pauvres, les plus faibles, ce que seuls les plus riches échappaient à la brutalité de ce prélèvement forfaitaire qui ne peut les concerner. Au téléphone, une dame charmante a bien compris, a admis que Régis avait raison (elle refuserait, par exemple, de payer 2 euro pour un pain à 1,06 euro sous prétexte d'arrondi et de simplification des calculs), mais que c'était comme cela désormais (jadis, avant la réforme, les agios étaient calculés et il n'y avait pas de limite basse, pas de forfait minimum, mais c'était avant que la "banque postale" ne devienne moderne).
 
Régis est mécontent. Il va faire une lettre aux journaux, il va mettre cela sur les sites des copains, il va peut-être même écrire au moderne ministre des finances, et aux candidats modernes qui veulent continuer à aller de l'avant pour moderniser la France. Mais il va surtout faire un peu plus attention avec l'argent que lui donnent ses généreux amis. Cet euro, si on le lui avait laissé, il l'aurait peut-être mis dans le verre en plastique d'un gars qui mendie dans la rue.
Publié dans : pumpernickel - Par Hulot - Ecrire un commentaire
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