Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /Juin /2008 23:47

Pas question de garder pour moi ce qui vient d'être glissé discrètement ce soir dans ma boîte à lettres, un P.V. pour une infraction au code de la route ("circulation d'un véhicule en dehors de la chaussée") qui mérite la plus grande sévérité. On est en plein dans le "zéro tolérance", sachant que la plus infime des transgressions doit être châtiée de la manière la plus ferme.

On ne peut évidemment que souscrire à la démarche d'une police municipale qui doit être fatiguée de devoir expliquer aux automobilistes que les places réservées aux livraisons ne doivent pas servir de stationnement, ou qu'il ne faut pas laisser son moteur tourner lorsque l'on va chercher de l'argent au distribanque. Là, c'est à un cycliste que l'on s'en est pris au prétexte qu'il a parcouru quelques mètres non pas assis sur la selle de son vélo mais le pied gauche sur la pédale gauche, le pied droit lui servant à pousser son "véhicule" comme le ferait un usager de trottinette. Hélé par un représentant de la police municipale, le cycliste a poursuivi les quelques centimètres qui lui restaient pour être sur la chaussée et poursuivre son chemin. On ajoutera que dans le 1/4 d’heure qui a précédé cette mésaventure, le même cycliste discutait avec trois personnes qui ont toutes remarqué que des voitures s'arrêtaient sur la place de la République, le temps que leurs passagers échangent quelques mots avec des amis qui prenaient le frais. Cette situation n'a pas ému les représentants de la loi et de l'ordre, occupés à constater que, dans d'autres directions, tout allait pour le mieux. Ces faits sont l'exacte réalité.

Bien entendu, il n'est pas question d'aller à Canossa, c'est-à-dire au bureau de police pour quémander on ne sait quelle clémence. La loi c'est la loi, et elle doit s'appliquer à tous, quel que soit le moyen de transport utilisé. Et l'on sait que le tarif est le même pour tous, piétons, cyclistes et automobilistes. Les 90 € seront donc payés, probablement dès demain matin, aux aurores, afin que le tribut à une réglementation dont on sait qu'elle a fait ses preuves soit acquitté.

Est-il permis de commenter ? Oui, car il ne s'agit pas d'une décision de justice et les termes qui seront employés renverront simplement aux priorités que l'on se fixe lorsqu'il est question de la liberté d'aller et de venir, dans le respect des autres. Soulignons d’abord que pendant que l’attention est portée sur les cyclistes, les transactions en tous genres peuvent se faire en toute tranquillité, et parfois à quelques encablures du siège du pouvoir. Ne pouvant être partout à la fois, il est tentant de se trouver là où c’est le plus simple ou le plus visible. Il n’est pas dit que ce soit le plus efficace, mais c’est évidemment une affaire d’appréciation. En s'en prenant, et ce depuis des années, à un mode de transport dont tout le monde s'accorde à reconnaître le caractère inoffensif, en ne prenant aucune décision qui lui assure un développement à la mesure des enjeux de la mobilité dans une petite ville, en étant intraitable avec ceux qui font l'effort de ne gêner personne en allant faire leurs courses, la police municipale, appliquant en cela les instructions qui lui sont données par les responsables municipaux, achève de décourager ceux qui préfèrent le silence au bruit, l'air pur à la pollution, la convivialité à la vitesse, et, serait-on tenté d’ajouter, l'être au paraître.

Cette initiative pour réglementaire qu'elle soit n'en est pas moins contreproductive. Quelle vraie question résout-elle ? Quel dialogue engage-t-elle ? Quelle réflexion suscite-t-elle ?

 

Compte rendu de l´entrevue de ce matin le 21 septembre 2006 avec Monsieur le chef de poste de la police municipale de Wissembourg.

J´ai sonné à la porte à 8h00, mais il n´y avait pas d´interlocuteur. On m´a appris peu après que l´équipe est « sur le terrain », c'est-à-dire à l´entrée des écoles où il faut assurer la sécurité des enfants.

Nouvel essai plus fructueux cette fois à 9h00. Mon papillon à la main, j´émets le désir de rencontrer la personne qui a écrit le motif de la contravention pour avoir d'elle le minimum d´explication. On me fait d´abord dire que l´on pourra me recevoir seulement vendredi après-midi, ce qui est bien fâcheux car mes obligations professionnelles m´en empêchent. Un échange de conversation d´étage à rez-de-chaussée permet d'apercevoir Monsieur le chef de poste de la police municipale de Wissembourg. Il va ensuite descendre et me prier de l´accompagner dans son bureau.

Il me confirme qu´il est bien l´auteur de la rédaction du motif « circulation d´un véhicule en dehors de la chaussée » qui me vaut une amende de 90 €, puis commence l´exposé des motifs qui l´ont amené à cette extrémité.

« Vous n´avez pas tenu compte des nombreux avertissements qui vous ont été faits dans le passé, vous ne vous êtes pas arrêté lorsque je vous l´ai demandé hier après-midi, nous avons essayé de discuter avec vous pour vous expliquer la situation, vous nous avez ensuite ch... dessus, vous êtes un mauvais exemple pour tous les jeunes que nous formons à la sécurité routière, vous tenez aucun compte des remarques, etc. » Son intervention a été longue, traduisant une grande irritation devant le caractère insupportable de ma conduite de cycliste qui semble être un élément perturbateur de l´harmonie municipale. Comme je ne venais pas quémander une éventuelle remise, et que je ne manifestais aucun regret, il est probable que mon interlocuteur, Monsieur le chef de poste de la police municipale de Wissembourg, a cru bon de me dire en une fois tout ce qu´il avait dû garder pour lui ces 24 dernières années (nous nous sommes installés à Wissembourg en 1982), en oubliant peut-être quelques éléments positifs, il doit bien y en avoir. Mais c´est une autre histoire.

L´ayant patiemment écouté, je lui ai ensuite précisé que je tenais à ce que le niveau de langage de notre conversation se cantonne à ce que j´avais appris de mes parents (je ne crois pas avoir avoir jamais ch… sur qui que ce soit).

Lui ayant demandé pourquoi il n´avait pas pris la peine de sonner pour me remettre en mains propres le P.V. qu´il avait rédigé, il m´a répondu qu´il pensait que je ne lui ouvrirais pas ma porte (remarque qui ferait bien rire tous ceux qui me connaissent mieux que lui). Mais là encore, l´écoute de l´autre ne semblait pas être à l´ordre du jour.

Je lui ai fait remarquer que jusqu´à plus ample informé, je n´avais parcouru qu´un peu plus d´un mètre cinquante sur la place de la République (en position de "patinette") et que cela ne justifiait pas une amende qui me paraissait objectivement importante au regard de l´infraction commise, sachant qu´en droit la sanction doit être proportionnelle à la faute. Dois-je dire que je me suis heurté à un mur d´incompréhension, la décision semblant avoir été prise de longue date de marquer le coup, surtout après un manque évident, à ses yeux, de considération à l´égard de sa fonction puisque je n´avais pas obtempéré lorsqu´il me l´avait demandé.

Puis est venu un moment pénible durant lequel j´ai dû entendre que j´étais en somme placé en état de sursis, puisque dorénavant « nous ne vous adresserons plus la parole, nous vous écrirons (sous entendu des P.V. que nous vous enverrons). » Voilà qui promet ! Et qui s´est déjà réalisé puisque j´ai eu la douloureuse sensation de croiser les regards des hommes en bleu alors que je circulais paisiblement à bicyclette. J´avoue être un peu soufflé à l´idée de recevoir ce type de correspondance alors que l´on n´aura même pas pris la peine de m´arrêter pour me signifier le côté répréhensible de mon comportement (si jamais il l'est vraiment), comme cela paraît être l´idée exprimée par Monsieur le chef de poste de la police municipale de Wissembourg. Et l´épée de Damoclès qui plane maintenant au-dessus de ma tête ne va sans doute pas m´aider à trouver sereinement le sommeil. Mais comme a si bien conclu Monsieur le chef de poste de la police municipale de Wissembourg, « la sanction a une valeur éducative ! », façon sans doute de manier l´humour après que je lui eus raconté cet épisode du dernier conseil municipal auquel il n´assistait malheureusement pas (ce n´était pas comme la fois où il était là, en uniforme, à veiller à on ne sait quel grain). Il s´agissait de cette intéressante saillie de Monsieur le maire de Wissembourg qui déclarait que la situation allait s´arranger rue Étroite ex-allée des Peupliers depuis qu´il n´y restait plus que les véhicules (« nous avons sorti les cyclistes et les piétons de la route, nous les avons mis sur le trottoir ») et que j´en avais conclu que les vélos n´étaient pas des véhicules. Mais Monsieur le chef de poste de la police municipale de Wissembourg ne semble pas réceptif au même genre d'humour que moi. Dommage.

J´ai ensuite été mis plus ou moins à la porte que je n´ai pas prise sans avoir réglé par chèque le montant de l´amende.

Plusieurs choses me consolent.

D´abord, je sais que cet argent sera forcément bien employé puisqu´il a été bien gagné. Il servira probablement à alléger la peine de ceux dont les fins de mois coïncident souvent avec le début.

Ensuite j´ai bien conscience d´avoir commis l´irréparable, et tout le monde en convient, y compris Monsieur le chef de poste de la police municipale de Wissembourg, contraint de mettre un terme à une situation insupportable.

Enfin, par cette action, force reste à la loi et à l´ordre, Monsieur le chef de poste de la police municipale de Wissembourg a fait son devoir comme d´habitude, en sachant conjuguer le triptyque élémentaire de l´exercice du pouvoir :fermeté, humanité et intelligence.

 

Publié dans : pumpernickel - Par pumper - Ecrire un commentaire
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