Vendredi 3 juillet 2009
Voici la retranscription de la courte intervention de Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur du Royaume de Suède lors de l’émission de France Culture, le mardi 30 juin 2009, à 18h20.

Où l’on voit qu’il existe encore des diplomates, et que la perception du travail de la présidence tchèque, brocardée tant par les services de communication de l’Élysée que par les organes du parti de la presse et de l’argent, est un tantinet différente de ce qu’en pensent ceux qui doivent continuer un travail entrepris.

Cela ne remet évidemment pas en cause l’opinion que nous devons tous avoir d’une logique du “ plus vite, plus loin, plus souvent ” qui doit s’effacer devant le “ moins vite, moins loin, moins souvent ”, ce qui ne semble pas être l’avis de Monsieur Gunnar Lund. Cela dit, reconnaissons-lui un grand sens de la formule, et à sa manière, il remet les choses à leur vraie, ne confondant pas action avec gesticulation.

Echec ou du moins insatisfaction, voilà les commentaires après 6 mois de présidence tchèque de l’union européenne. Remous gouvernementaux et déclaration d’un président pour le moins eurosceptique, surtout absence de décisions fortes alors que l’union est en pleine crise financière et crise gazière et méritait des prises de position claires à l’extérieur. Demain, ce sera la Suède qui assurera la présidence avec pour priorités affichées la crise, l’environnement avec le sommet de Copenhague en décembre mais également la Turquie et l’Iran, nous en parlons avec l’ancien ministre chargé des marchés financiers, devenu ambassadeur de Suède en France, Monsieur Gunnar Lund.

L’animateur, Renaud Candelier : peut-on dire que la présidence tchèque a été un échec comme un certain nombre d’observateur le laissent penser aujourd’hui ?

Son Excellence : non, je ne le pense pas, on a été très injuste vis-à-vis de la présidence tchèque, j’ai suivi le débat ici en France, et on a dit des choses avec lesquelles je ne peux être d’accord. C’est vrai qu’elle a eu des conditions particulièrement difficile avec une situation politique chez eux très compliquée, mais je pense qu’elle a fait pas mal de choses.

L’animateur, Renaud Candelier : où a-t-elle bien réussi ?

Son Excellence : je pense au chantier financier, le système financier, où on a pu arriver la semaine passée au sommet européen à des décisions très importantes sur une meilleure régulation et supervision des marchés financiers, décisions que la Suède devra mettre en œuvre en trouvant les directives et les lois nécessaires au niveau européen, mais c’est la présidence tchèque qui a fait la percée dans ce domaine.

L’animateur, Renaud Candelier : et la crise du gaz russe, vous ne craignez pas que ça recommence dès l’arrivée de l’hiver sachant que l’Ukraine a encore des factures à régler et que l’Europe n’est pas prête à l’aider pour le moment ?

Son Excellence : une présidence, c’est toujours de prévoir ce qui est imprévu, et imprévisible, on y travaille, on essaie de trouver des solutions, …

L’animateur, Renaud Candelier : quelles solutions, que peut-on faire ?

Son Excellence : on en est aux consultations, il faut se mettre en contact avec les Ukrainiens ainsi qu’au sein de l’union européenne. On court le risque que les Ukrainiens n’aient plus d’argent et que les Russes ferment l’approvisionnement.

L’animateur, Renaud Candelier : l’Europe devrait-elle alors aider les Ukrainiens à payer ?

Son Excellence : c’est envisageable, c’est une possibilité qu’il faut discuter, bien sûr.

L’animateur, Renaud Candelier : parlons maintenant de la crise. Comment la présidence suédoise compte-t-elle aborder cette question, notamment en matière de régulation, quelles sont les décisions qui peuvent être prises dans les 6 mois à venir ?

Son Excellence : comme je viens de le dire, les Tchèques ont fait un bon travail dans ce domaine, on est arrivé à des décisions de principe très importantes, et nous allons œuvrer pour trouver les solutions techniques pour une meilleure régulation, une meilleure supervision des marchés financiers, ce qui est absolument nécessaire.
On a vu une intégration considérable des marchés en Europe, encouragée par les gouvernements mais en même temps les instruments de régulation sont restés au niveau national. C’est un problème fondamental qu’il faut résoudre.

L’animateur, Renaud Candelier : ça veut dire qu’au 1er janvier 2010 on aura un instrument européen de régulation ?

Son Excellence : des instruments sûrement. On a pris déjà la décision d’instaurer un comité pour veiller sur les risques systémiques des marchés financiers, c’est important et il faut le mettre en œuvre, et on a décidé d’établir au niveau européen une véritable supervision des marchés financiers. Et sous la pression de cette crise financière, il faut essayer, sous notre présidence, de commencer à formuler une stratégie, une vision pour les politiques économiques menées par les pays de l’union européenne pour les années à venir. Je veux dire que si maintenant on est en train de s’endetter énormément pour stimuler les économies, ce qui est absolument nécessaire dans la crise, pour une période qui ira peut-être jusqu’à l’année prochaine, il est indispensable de retourner à une discipline plus normale de surveillance des déficits publics par exemple. Il y a un pacte de stabilité au sein de l’union européenne, …

L’animateur, Renaud Candelier : il y avait…

Son Excellence : il y avait, mais il y en a déjà, et toujours, et bien sûr on s’est rendu compte que dans cette situation absolument exceptionnelle il faut faire exception, mais, il faut retourner à ce pacte. Et cette discussion doit se faire sous présidence suédoise. On doit aussi parler de ce que l’on appelle cette stratégie de Lisbonne, ce que personne ne comprend, parce que cela ne dit rien, mais c’est tout de même une vision stratégique de l’économie européenne pour qu’elle soit plus compétitive, pour que l’on soutienne les efforts de recherche et d’innovation. Cette stratégie doit être reformulée en tenant compte de la situation actuelle, et c’est ce que va entamer la présidence suédoise.

L’animateur, Renaud Candelier : le Premier ministre Fredrik Reinfeldt a pris la décision de réduire les allocations chômage pour ré-inciter à l’emploi. Cela peut-il être une ligne directrice pour l’emploi au niveau européen ?

Son Excellence : ce n’est pas une politique qui se fait au niveau européen, on en discute, on partage les expériences, on a des échanges de vue et notre expérience est tout-à-fait intéressante dans ce domaine. L’emploi sera inévitablement au centre de notre attention durant ces 6 mois, parce que même s’il y a maintenant quelques signes positifs, mais à peine, car par exemple, le chômage va continuer à s’aggraver au cours de notre présidence.

L’animateur, Renaud Candelier : parlons environnement, ce sera l’une des autres priorités, avec la conférence de Copenhague qui aura lieu au début du mois de décembre. Comment la présidence suédoise compte-t-elle s’y prendre pour que l’Europe s’exprime d’une seule voix à cette conférence mondiale ?

Son Excellence : on va faire tous les efforts nécessaires pour que cela soit le cas, mais il faut constater que c’est en grande partie déjà le cas, parce que la présidence française a déjà fait un travail tout-à-fait remarquable avec un accord sur paquet climat-énergie où l’on se met d’accord à l’intérieur de l’union européenne. On assez bien unis dans l’union européenne, maintenant, il s’agit d’exercer un leadership dans les discussions globales. C’est notre tâche, et c’est ce que nous faisons déjà. Notre premier ministre et notre ministre de l’environnement voyagent partout, ils sont en contact permanents avec les Américains, les Chinois, les Indiens, tous les partenaires qui sont importants pour que cette négociation de décembre réussisse.

L’animateur, Renaud Candelier : c’est aujourd’hui que s’ouvre le onzième chapitre de négociations avec la Turquie. Vous souhaitez qu’un douzième chapitre soit ouvert dans les 6 mois à venir. Pourquoi est-il si important d’ouvrir un chapitre supplémentaire d’ici la fin de l’année ?

Son Excellence : simplement parce que nous menons une négociation normale avec la Turquie depuis la décision prise il y a dix ans de s’engager dans une telle négociation. Nous voulons maintenir un rythme dans cette négociation qui soit aussi ambitieux que possible. Il dépend aussi des efforts et des réformes qui sont faits en Turquie. Nous avons l’intention d’ouvrir d’autres chapitres comme l’a fait la présidence tchèque, mais aussi la présidence française.

L’animateur, Renaud Candelier : vous prônez simplement la continuité. Il n’y a pas de volonté particulière du côté suédois d’accélérer le processus ?

Son Excellence : tout le monde sait que la Suède est entièrement fidèle à cet engagement qui a été pris par l’union européenne il y a 10 ans de s’ouvrir à une adhésion turque. C’est une négociation qui est inévitablement longue et difficile.

L’animateur, Renaud Candelier : très brièvement, l’Iran, ce sera le principal dossier de la politique extérieure européenne ?

Son Excellence : ça dépend de l’évolution de la situation en Iran, mais peut-être faudra-t-il avoir des discussions à l’automne pour savoir s’il des sanctions plus sévères seront nécessaires.

Vous pouvez retrouver l'émission en cliquant sur le lien.
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