Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 21:37
Aujourd’hui, c’est le 8 mai. A ma grande stupéfaction, certains magasins étaient ouverts à Wissembourg, au moment-même où celui qui peine à être l’encore président de toute la République française déclarait avec toute la solennité qu’on sait lui reconnaître, que nous ne devrions plus haïr et en même temps ne pas oublier. Mais qui est-il pour nous donner des leçons de morale et de maintien ? Passons.

Donc aujourd’hui, c’est le 8 mai, et nous commémorons la reddition des forces allemandes intervenue en fait le 7 mai, et la fin des hostilités sur le sol européen. Il faudra attendre encore quelques mois pour que le Japon se rende à son tour, au mois d’août, après les crimes d’Hiroshima et de Nagasaki.

Donc aujourd’hui, c’est le 8 mai, et je suis tombé par hasard sur quelques-unes de mes cartes postales préférées [ j’en ai quelques centaines, plus ou moins humoristiques et publicitaires ] ramenées d’une escapade berlinoise de la fin du mois du mois dernier. Je vous les offre parce qu’elles valent infiniment plus que tous les discours prononcés à la va-vite par quelque pseudo-tribun en mal de reconnaissance sociale.

Nous sommes à Berlin qui vit depuis 1933 sous le régime de la terreur et des mesures discriminatoires prononcées contre les Allemands de confession juive. Envers et contre tout, bravant tous les interdits, imperméables aux mises en demeure et aux menaces, ne craignant pas les éventuelles représailles, des êtres humains décident de faire ce qu’ils peuvent pour sauver ceux qui peuvent l’être. Otto Weidt [ 1883, 1947 ], petit entrepreneur d’une fabrique de balais et de brosses est de ceux-là. Il décide d’embaucher des travailleurs
aveugles de confession juive dans son affaire, sachant qu’il les sauve de ce qu’il soupçonne être le pire et qui n’est rien en comparaison de ce qu’on leur a fait subir. Il s’obstine, usant de stratagèmes auprès des services du “ Front du Travail ” dont l’agrément était obligatoire pour embaucher quelqu’un et qui délivrait ce qui ressemble au livret ouvrier en vigueur en France jusqu’à la fin du Second Empire. Il parvient à faire travailler dans son atelier des Allemands de confession juive qui ne sont pas handicapés. Malheureusement, le temps aura raison contre lui, et la plupart des ses protégés seront finalement déportés, martyrisés et asphyxiés par les brutes national-socialistes.
Pas tous puisque comme c’est presque toujours le cas, quelques-uns parviennent à passer au travers des mailles du filet. C’est le cas d’Alice Licht qui a été déportée à Theresienstadt puis à Auschwitz où Otto Weidt se rend sous le prétexte de vendre balais et brosses de son atelier à l’administration du camp. Il entre en contact avec un Polonais qui sert d’agent de liaison avec Alice Licht. Otto Weidt parvient à fournir à Alice Licht des vêtements civils et de l’argent. Lors de l’évacuation du camp, et du chaos qui l’accompagnait, Alice Licht pourra se sauver en utilisant ce qu’Otto Weidt avait fait mettre de côté pour elle, et rentrer à Berlin !

C’est en 1971 qu’Otto Weidt a été reconnu “ Juste parmi les nations ” à titre posthume. Il est ici photographié en 1947, l'année de sa mort.

Il est possible de visiter l'atelier d'Otto Weidt, à quelques mètres des Hackeches Höfe.
Par pumpernickel - Ecrire un commentaire
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