Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /Mai /2009 23:49
Je pense que la prochaine fois, j’irai aux soirées organisées par le groupe “ Projet d’Ville ” qui anime le conseil municipal avec ses projections sur Wissembourg en 2050 ! Parce que ce soir, 6 mai, jour anniversaire de l’élection de Monsieur plus vraiment président de la République, on aurait pu imaginer autre chose.

Tout a commencé sur un malentendu : Madame M. Alliot-Marie a ainsi été présentée comme Ministre de l’Intérieur, alors que tout le monde sait que c’est Monsieur A. Bauer, ancien grand maître du grand orient de France, “ criminologue ” pour lequel une chaire sur mesure a été créée au CNAM, ami de l’homme qui nie la fonte des glaciers, Monsieur C. Allègre, de l’ancien premier ministre “ de gauche ”, Monsieur L. Jospin, et de Monsieur plus vraiment président de la République, qui est le véritable ministre de l’Intérieur. C’est en effet de lui que vient une grande part de la cabale montée contre Julien Coupat [ clic sur le lien ] et qui alimente les fantasmes de tous ceux qui veulent abonder le fichier national automatisé d’empreintes génétiques [ qui comporte déjà plus de 900 000 fiches, avec un objectif de plus de 4 millions affiché par ses adorateurs ]. Cette personne est d’une arrogance, d’une fatuité et d’un mépris qui forceraient presque l’admiration !

Second malentendu, l’énoncé de ce “ forum ” qui n’avait que peu à voir avec l’agora où les citoyens de l’Antiquité pouvaient interpeller ceux qui étaient chargés de tenir les rennes du pouvoir. C’était “ vos libertés, votre sécurité, parlons-en ! ”, et en sous-titres, “ la sécurité, un devoir vis-à-vis des citoyens ” pour le débat 1, et “ la sécurité, une responsabilité partagée ” pour le débat 2.
Le grand problème, c’est que de Liberté, il n’en aura été question qu’incidemment à partir de 19h30, et encore ! Un capitaine [ à ce propos, on dit “ Mon Capitaine ” quand on s’adresse à un capitaine, “ Mon ” étant l’abréviation de “ Monsieur ” ; dire “  Capitaine ” est un peu cavalier. ] nous présentait la “ vidéoprotection ” [ on ne dit plus “ vidéosurveillance ” parce que ça fait peur, on fait du glissement linguistique et sémantique, c’est tout un art, mais on n’est pas tous des artistes, et ce soir, c’était la bousculade ! ], et il fallait voir l’air contrit de Madame le Sous-préfet nous expliquer que c’était la loi qui obligeait à dire que des caméras indiscrètes [ et qui ne servent à rien, toutes les études fouillées le montrent ] étaient en train de filmer des gens qui doivent savoir qu’ils sont filmés, ils le sont alors de leur plein gré ! Ah, les sophistes ! Ah, Protagoras ! Ah, Gorgias ! Ah,  Hippias ! Comme ils riraient de nous et de nos manières de langage pour masquer notre nature !
Il aurait donc fallu que ce “ forum ” se nommât “ vos sécurités, votre liberté, parlons-en ! ” pour que l’on parlât un peu de la Liberté, dont le maire de Wissembourg a été le seul à demander qu’elle ne soit pas sacrifiée sur l’autel de “ nos sécurités ”.

17h00, la salle se remplit d’une assistance de 150 personnes selon la police, 150 personnes selon les organisateurs et 150 personnes selon lapresse.com qui n’est arrivée qu’à 17h15.
Madame le Sous-préfet ouvre la soirée en précisant que l’on est là pour échanger sur le thème de la sécurité (elle oublie la liberté) et passe la parole au maire de Wissembourg qui souhaite la bienvenue à tout le monde [ les “ personnages ” ont droit aux titres, et nous, on est “ les autres ” ], excuse le député [ c’est dommage, je comptais mettre enfin un visage et une voix sur un nom ], et nous dit que ça baigne à Wissembourg.
Puis, c’est le commandant de la brigade qui démarre, sans prétérition, pour 40 minutes d’un exposé rehaussé de l’incontournable “ PowerPoint ” qui ne va pas nous quitter de la soirée. Pour résumer, ils ne sont qu’une petite centaine sur le secteur, mais ils travaillent près de 9 heures par jour, sans compter les astreintes, et les délinquants n’ont plus qu’à bien se tenir. Pour faire des économies, ils se sont mis à OpenOffice et à Linux [ comme quoi, l’anticonformisme a tout de même du bon ] et résolvent [ solutionner ] près des ¾ des affaires.
Quand c’est enfin fini, quelques flagorneurs prennent la parole pour se féliciter des excellentes relations qu’ils ont avec la gendarmerie. Puis vient la fausse note, avec cette dame qui n’en peut plus du vacarme qui lui est imposé, de la grossièreté infligée à ses enfants, ou des menaces à peine voilées qu’elle doit subir de la part des clients avinés du débit de boisson situé sous ses fenêtres. Tout cela lui pourrit la vie. Elle a pourtant fait appel à la gendarmerie, mais cela ne sert à rien, elle a l’impression d’être immolée sur l’autel d’on ne sait quel idole. Là, tout le monde est un peu gêné, parce qu’on ne va tout de même pas couper la parole à une représentante de la majorité silencieuse qui a le courage de dénoncer autant l’inconduite de mal-élevés que l’inconsistance de l’intervention de forces de l'ordre qui savent bien par ailleurs montrer qu’elles ont les moyens d’être redoutées. Pauvre femme, on lui répond dans le registre bien connu puisé aux meilleures sources de la langue de bois : dialogue, écoute, rendez-vous, plainte, tout y passe, et l’ancien maire de Wissembourg ne peut retenir un sourire de délectation en entendant son successeur justifier les autorisations exceptionnelles d’ouverture qu’il a données, et reconduites.

18h20, lapresse.com prend une photo. On aura évidemment eu droit aux vélos qui roulent sur les trottoirs et aux cyclistes qui font des réflexions, mais c’est un classique du genre.

Tout d’un coup, “ on ” se rappelle que c’est une réunion pour tout l’arrondissement qui compte 68 communes [ je connais mes dossiers, et je suis capable de donner tout à trac le nombre de commues de l’arrondissement ], et qu’on n’est pas là pour ne parler que de Wissembourg. Bonne occasion pour un conseiller général, Monsieur R. Stoltz, de prendre la parole et de suggérer … une journée du “ bien vivre ensemble ” ponctuée par la remise d’un prix de civisme. Ça, c’est une idée comme on aimerait tous en avoir, et surtout l’exposer comme ça, devant tout le mponde, pour montrer qu’on n’a peur de rien.
L’ancien maire de Wissembourg, présenté comme président de la commission des routes [ en fait, il est président de la commission transfrontalière et décentralisée, dans laquelle siège Monsieur R. Stoltz à qui il faudrait peut-être expliquer le problème ], rappelle le rôle des CLSPD [ Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance officialisés en 2002 qui succédait aux CLS, contrats locaux de sécurité, institués en 1997 ] où l’on échange en amont, ce qui permet d’intervenir de manière coordonnée.

Il est 18h50, et c’est maintenant au procureur adjoint d’intervenir. Il est CONTENT ! Tout va pour le mieux, la situation est sous contrôle. Il recommande de faire un bon usage de la plainte qui n’est pas pour autant le démarrage obligé d’une action judiciaire, mais qui peut en être l’élément déclencheur. Il rappelle que toutes les structures sont habilitées à recevoir des plaintes, même en dehors de leur circonscription géographique [ c’est ainsi que deux enseignantes ont déposé plainte à la gendarmerie de Tresses (Gironde) ainsi que la plupart des parents d'élèves ayant subi des coups, lors d’une bousculade provoquée par une charge de CRS, gare Montparnasse, le 9 mars dernier. Interrogé par l'AFP, un porte-parole de la gendarmerie d'Aquitaine a confirmé le dépôt de plainte, sans plus de précision. Le procureur adjoint de Bordeaux, Christian Lagarde, a précisé qu'aucune information judiciaire ne pouvait être ouverte à Bordeaux, les faits s'étant déroulés à Paris. La principale du collège, Sylvie Vedelago, a ajouté que les élèves contusionnés étaient de retour normalement en cours lundi et que l'établissement ne portait pas plainte. Elle n'a pas précisé si elle se félicitait aussi des excellent rapports qu’elle entretient avec la gendarmerie locale ]. Lors de sa péroraison, il laisse filer que “ tout le monde sait ce qu’est une garde à vue ”. Oui, tout le monde, au moins 600 000 personnes par an, preuve de la vitalité des forces de la loi et de l’ordre. Il est tout de même obligé de reconnaître que la sévérité des tribunaux et l’inadaptation des structures pénitentiaires engendrent de graves désagréments, comme la surpopulation des prisons. Sans compter qu’il faut penser à la préparation à la sortie, et à la réinsertion locale. Parfois, ce bel ordonnancement connaît quelques ratés, comme cette connaissance de Pumpernickel, expulsé le jour de sa libération alors que sa réinsertion avait été organisée par les services compétents. Mais on ne saurait penser à tout. Il rappelle néanmoins qu’il ne faut pas avoir peur de porter plainte, et même que c’est une démarche citoyenne. Passons sur cette intervention-confession de cette dame, chef d’entreprise semble-t-il, et bien connue des puissances invitantes, qui se repent de ne pas avoir déposé une plainte, craignant des représailles.
Le conseiller général local reprend alors la parole pour rappeler que les enfants des écoles allaient assister aux audiences du tribunal d’instance et que cela avait une grande valeur pédagogique. C’est de très bon goût et manifeste un grand sens de l’à-propos puisque le tribunal est fermé depuis quelques jours ! Mais Monsieur le procureur-adjoint ne le sait peut-être pas qui se félicite que l’on ait, ici, des initiatives aussi intéressantes.

Il est 19h20, je n’en vois plus le bout, et je ne suis pas le seul à m’ennuyer grave !
Voilà qu’intervient un autre capitaine qui est semble-t-il spécialiste en vidéosurveillance. Il est là pour nous vendre de la caméra à un prix qui va de 4 000 à 8 000 € pièce dans le cadre d’un fonds interministériel de prévention de la délinquance. Pour lui, les caméras, qui n’ont pourtant pas empêché les attentats de Londres où l’on est tout de même filmé quelques centaines de fois par jour, sont un moyen infaillible de faire baisser de la délinquance. Il paraît que les proportions sont de l’ordre de 50 %. Comme il ne cite pas ses sources, c’est forcément vrai. Pour que cela le soit encore plus, je vous renvoie à cet article du monde diplomatique qui va probablement crédibiliser encore plus le discours humaniste de la soirée.

C’est pas tout ça, mais je travaille, moi, et comme il est 19h45, je laisse à lapresse.com [ qui a été félicitée par le procureur adjoint pour ce qu’elle rend fidèlement compte des faits divers ; hommage et respect ! ] le soin de faire le compte rendu du dernier quart d’heure. Rendez-vous le 7 mai.

Pour tout vous dire, je suis sorti affligé par ce que j’ai entendu, y compris ces gens qui veulent “ piéger les délinquants ” au moyen de caméras disposées à l’insu des citoyens. Il s’est même trouvé quelqu’un pour dire qu’il fallait en mettre une aux toilettes publiques de la place de la Foire, sans préciser si c’était à l’intérieur ou à l’extérieur, pour débusquer les tagueurs.

Grande absente de la soirée, comme précisé en début de compte rendu, la Liberté, une et indivisible, que l’on se propose tout simplement d’immoler parce que l’on n’est pas capable de lui rendre le culte qu’elle mérite. Elle sera sacrifiée au profit de la sécurité, et nous aurons perdu l’une et l’autre.
Par pumpernickel - Ecrire un commentaire
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