Dimanche 5 avril 2009
7
05
/04
/Avr
/2009
14:43
Il est un peu curieux qu'une semaine après l'annonce du prochain licenciement d'un quart du personnel de
l'entreprise Bürstner rien n'ait été dit ou écrit sur le sujet, en dehors des banalités d'usage. Bürstner à Wissembourg, ce n'est pas rien, ni personne, puisque l'existence de centaines d'habitants dépend de la bonne santé de l'entreprise.
Remarquons que, comme c'est maintenant la règle, les employés auront été les derniers prévenus, puisque même l'ALP2R, en reprenant presque mot pour mot dans ce qui devient le marronnier de l'actualité sociale, écrivait que “ Wissembourg bruissait
depuis quelque temps déjà des difficultés de Bürstner. ” Et si l'ALP2R savait quelque chose qu'elle s'est bien gardé de divulguer, entrant en cela dans le jeu de dissimulation auquel il
faudrait s'habituer, il y en a beaucoup d'autres qui devaient savoir.
Qui savait ?
Le pouvoir politique local, maire en tête, qui se fend, en conseil municipal, d'une pensée pour le personnel. Mais, Monsieur le maire, le personnel, les femmes et les hommes qui travaillent,
auxquels on impose depuis des mois des cadences infernales, puis des semaines de chômage technique, a besoin de bien d'autre chose que de l'expression d'une pensée. Et maintenant, on a le droit de
demander quels sont les projets industriels de “ l'équipe autrement ”. Quelles sont ces fameuses négociations en cours depuis de si longs mois en vue d'implanter quelle(s) unité(s) de
production qui devrai(en)t soulager concrètement la vie de celles et ceux qui sont immolés sur l'autel de la refondation du capitalisme mondial et de la moralisation bancaire ? Pour l’instant,
et ça fait tout de même 13 mois qu’on attend, on ne voit rien venir d’autre que des réunions improbables durant lesquelles des intervenants exotiques tracent des plans incertains sur
d'inaccessibles comètes en vue d’élaborer un problématique “ projet de ville ”.
N’oublions pas au chapitre des responsables le conseiller général du coin, plus à l’aise quand il s’agit de remettre le trophée du fleurissement que d’envisager les moyens d’assurer aux habitants
de “ son canton ” une vie convenable et un avenir pour leurs enfants.
Le pouvoir administratif local, sous-préfet en tête, qui ne se fend de rien du tout, et continue imperturbablement des visites des communes dont personne ne parvient à trouver le sens et
encore moins à percevoir l’objectif. Du fait de la décentralisation, et de la constitution de fiefs aux mains de petits potentats locaux, le sous-préfet a pourtant un rôle irremplaçable de
médiation entre les parties en présence, assurant le lien social et tissant les fils des intérêts communs. En lieu et place, et à l’instar de ce qui a été raté avec l’affaire Wimétal, les employés
de Bürstner en sont réduits aux conjectures, l’Etat ne concevant son rôle qu’au travers éventuellement de la mise à disposition d’une salle de réunion pour que l’on s’entende sur le montant des
indemnités que l’on versera aux licenciés.
Le pouvoir industriel local, association des chefs d’entreprise en tête, qui n’en manquait pourtant jamais une de se mettre en avant pour, comme ils disent dans leur jargon de communiquant,
“ sponsoriser les initiatives ”. Personne n’oubliera non plus que l’on sait également bien y faire pour aller quémander quelque avance sur trésorerie, intérêts payés par la puissance
publique, sous peine de licencier ceux qui restent dans les ateliers.
Au bout du compte, que reste-t-il de tout ce gâchis ? A force d’avoir attendu, à force de s’être concentré sur des prises de pouvoir dans les organes de décision des structures intercommunales
et autres, à force d’avoir délégué à des obligés qui sont redevables de tout [ c’est le cas d’un directeur de cabinet qui doit épouser les postures de celui qu’il seconde, lui déplaire étant
alors suicidaire, professionnellement et socialement ], on a laissé passer les occasions qui auraient sans doute tout changé. Mais là, ceux qui savent se taisent, pétrifiés par l’ampleur des
responsabilités qui les assaillent, et ceux qui ont le droit de savoir sont tenus à distance par la coalition des autres. C’est un mauvais coup, et une mauvaise manière.
En tout cas, c’est peut-être “ ensemble ”, mais ce n’est sûrement pas “ autrement ”.
Par pumpernickel
1
Derniers Commentaires