Mardi 31 mars 2009 2 31 /03 /Mars /2009 10:32

Ce 31 mars 2009 devait être un jour de fête, une sorte de nouveau départ pour Zined (le prénom a été changé) qui tournait une page difficile de son existence. Confronté à toutes sortes de tourments, il avait négocié un mauvais virage il y a quelques années, et, mauvaises fréquentations aidant, avait fini par trouver plus rapidement qu'il ne le pensait le chemin du Palais de Justice jalonné de diverses condamnations dont il purgeait les peines. Détenu modèle qui ne faisait d'histoires à personne, Zined a travaillé pendant la majeure partie de son temps de détention. Il a eu aussi une conduite remarquable puisqu'il s'est interposé entre un détenu et un surveillant lors d'une altercation dont on ne sait jamais en prison comment elle peut se terminer, tant sont grandes les tensions internes personnelles et psychologiques. Il a même vu son interdiction temporaire du territoire français levée, après que les juges chargés de son dossier ont constaté que, en France depuis quarante ans, père d'enfants français, n'ayant plus de famille proche en Algérie, fils d'ancien combattant, neveu d'un soldat mort au Monte-Cassino, scolarisé dans une école française en Algérie du temps des 3 départements, il aurait été vain et irresponsable de l'envoyer dans un pays dont il n'a plus que la nationalité. Suivi par “ ses visiteurs qui l'avaient modestement aidé à retrouver des marques sociales ordinaires, il avait aussi trouvé auprès des services sociaux de l'administration pénitentiaire, le SPIP, une aide précieuse dans le recherche d'un hébergement et d'une association de réinsertion par le travail. Il devait être libéré ce matin, prendre le train pour le sud et s'installer dans une nouvelle vie.


Hier après-midi, toute cette belle construction s'est évanouie. Zined a téléphoné en catastrophe à “ ses visiteurs ” pour leur dire que tout allait mal : il venait de recevoir un avis selon lequel on venait le chercher au petit matin pour une reconduite à la frontière. Depuis, il n'y a pas de nouvelles. Comme d'habitude, c'est le pouvoir administratif qui doit (?) “ faire du chiffre ” (sait-on qu'il s'agit d'êtres humains qui sont traités comme des statistiques ?) qui décide, embastille, reconduit, expulse.


Je vous fais part de mon abattement et vous livre tout de même que jamais quand j'avais 20 ans je n'aurais imaginé que je pourrais raconter des histoires comme celle que je vis et qui ressemblent tellement à celles que ma mère, institutrice pendant la guerre, et après, m'a racontées.


Le 31 mars 2009

Par pumpernickel - Ecrire un commentaire
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