Jeudi 12 février 2009
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Médiation, médiatrice, médiateur
Dans l’affaire des universités, une ministre bien ennuyée, engoncée dans ses certitudes dogmatiques, confrontée à une contestation qui réunit maintenant tous les acteurs sans exception fédérés par
la culture du secret et du diktat de celle qui n’est en fait que la voix de son maître, Monsieur le président de la république, qui s’occupe de tout, du secrétariat de son parti politique en
passant par la nomination des candidats aux prochaines élections européennes (à mon avis, il garde un œil attentif sur les candidats aux élections cantonales, ce qui laisse un boulevard à
l’opposition majoritaire encore pour un moment), dans l’affaire des universités donc apparaît tout à trac un personnage qui fait penser à cette plaisanterie sur la sainte vierge : il faut
qu’elle apparaisse de temps en temps, faute de quoi, le doute s’installe. Un personnage insolite, au nom pour le moins curieux dans un paysage politique et social fait de tensions, de rapports de
force et de mises en demeure, le médiateur, la médiatrice en l’occurrence.
Mais de quoi s’agit-il ?
Pour chacun d’entre nous, il doit s’agir d’une personne dont l’autorité est indiscutable parce qu’elle est reconnue par tous, un peu comme celle d’un président de la république s’il ne s’occupait
pas de tout, du secrétariat de son parti politique en passant par la nomination des candidats aux prochaines élections européennes, etc. On a connu des médiateurs, en particulier dans l’affaire des
squatters de Saint-Bernard quand Monsieur S. Hessel a servi de médiateur entre des autorités bornées et des sans-papiers que l’on a fini par déloger dans des conditions indignes d’un
régime démocratique, mais c’est une autre histoire.
Un médiateur, donc, c’est quelqu’un qui en impose sans avoir besoin de recourir à on ne sait quel artifice, et qui peut faire entendre raison à toutes les parties en présence.
Penchons-nous maintenant sur le personnage plus ou moins inconnu de la plupart des Français dont il est censé porter la parole quand tout autre recours aura été épuisé. Un clic sur le site de
Monsieur le médiateur de la république nous en apprend de belles :
“ Depuis sa création en 1973, l’institution du Médiateur de la République s’emploie à améliorer les relations entre l’administration française et le citoyen.
Nommé pour 6 ans et irrévocable, le Médiateur de la République examine au cas par cas l’inadaptation de certains textes ou procédures, les excès de certains comportements. Il propose des solutions
sur mesure et des réformes de fond.
C’est actuellement Jean-Paul DELEVOYE qui exerce cette fonction et ce, jusqu’en avril 2010. ”
Jean-Paul DELEVOYE, dites-vous ? Mais ce nom ne vous dit-il pas quelque chose ? Voilà un homme qui est tout sauf partisan, tout sauf la créature d’un parti politique, tout sauf quelqu’un
d’orienté, tout sauf un dogmatique. Qu’on en juge :
Sénateur (RPR) du Pas de Calais de 1992 à 2002, président du groupe des sénateurs-maires, il dirigea le rapport « Cohésion sociale et Territoire » pour le commissariat au plan en 1999. Il
présida la mission sénatoriale d’information chargée de dresser le bilan de la décentralisation et de proposer les améliorations de nature à faciliter l’exercice des compétences locales en
1999-2000. Il conduisit également le groupe d’étude sur la responsabilité pénale des décideurs publics au ministère de la justice. En 1998, il participa à l’étude « Pour une approche globale
du temps de l’enfant : l’expérimentation des rythmes scolaires ».
Il a été ministre de la Fonction publique dans le 1er gouvernement Raffarin, encore un homme qui est tout sauf partisan, tout sauf la créature d’un parti politique, tout sauf quelqu’un d’orienté,
tout sauf un dogmatique. On sait que cette position de ministre est absolument un gage d’objectivité et de recul quant à la réalité sociale, tout le monde le remarque au quotidien. Mais surtout, il
s’est fait bananer lorsqu’il brigua la présidence du RPR en 1999, face à Madame M. Alliot-Marie, encore une femme qui est tout sauf partisane, tout sauf la créature d’un parti politique, tout sauf
quelqu’un d’orienté, tout sauf une dogmatique, avant d’être battu dans le Nord, aux élections régionales de 2004, puis brutalement débarqué du gouvernement Raffarin la même année. Mais l’amitié
n’étant pas vaine, le président de la République d’alors, Monsieur J. Chirac, le nomma médiateur de la République. Il est des exils moins cléments !
C’est un peu ce qui se passe avec la nomination de Madame C. Bazy-Malaurie, magistrate auprès de la cour des Comptes, énarque, qui est chargée, par l’une des deux parties, celle de Madame
la ministre de l’Enseignement supérieur, de remettre de l’ordre là où Madame la ministre de l’Enseignement supérieur n’a su créer que le chaos. Les choses seraient plus simples si Madame la
ministre de l’Enseignement supérieur avait pris la précaution par exemple d’ouvrir un manuel de mathématiques de 6ème et d’y lire qu’une médiatrice, c’est une droite perpendiculaire à un segment
qui passe par le milieu de ce segment, ce qui fait que tous les points de cette droite sont toujours à égale distance des extrémités du segment. C’est la même chose avec un médiateur social, qui
doit toujours se situer à égale distance de chacune des parties dont il est censé rapprocher les points de vue. Le médiateur, ou la médiatrice, c’est celui ou celle qui va, pour poursuivre avec la
métaphore géométrique, faire en sorte que le segment qu’il partage se rétrécisse jusqu’à ce qu’il se confonde avec la médiatrice, chaque rapprochement d'une extrémité correspondant à un
rapprochement égal de l'autre extrémité.
On est au regret de constater qu’en ayant procédé à une nomination selon les méthodes autoritaires, autocratiques et en fait insupportables qui sont celles de Monsieur le président de la
république, l’homme qui s’occupe de tout, du secrétariat de son parti politique en passant par la nomination des candidats aux prochaines élections européennes etc., et les mêmes causes produisant
les mêmes effets, on est plus proche du clash que du consensus. C’est peut-être l’objet de la manœuvre…
Ces modestes remarques valent évidemment pour le drame qui se joue chez nos compatriotes d’Outre-mer qui sont confrontés à une situation d’injustice sociale héritée … des lendemains de la
Révolution française [ A l’époque, les “ békés ”, ces colons blancs qui faisaient fructifier le “ cheptel noir ” ont choisi “ l’exil ” dans les Antilles
britanniques en attendant des jours meilleurs. Ils sont revenus dans les fourgons des esclavagistes une fois que Napoléon les a confirmés dans leurs “ droits ” de chosifier une part
intégrante de l’espèce humaine. La situation a perduré jusqu’à nos jours, et aux Antilles, 1% de la population capte 60% de la distribution par exemple. Cela explique en partie le soulèvement
auquel nous assistons en ce moment, qui suit de peu une situation quasi-insurrectionnelle en Guyane. ]. Là aussi, des “ gouvernants ” très inspirés amènent avec eux des
“ médiateurs ” nommés par eux et affectent de s’étonner que leur construction soit fragile. Ah bon !
Par pumpernickel
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