Lundi 19 janvier 2009
1
19
/01
/Jan
/2009
21:00
La fille d'une amie est en voyage, un vrai voyage comme en font ceux qui prennent leur temps, qui savent que ce
n'est pas en sautant d'un avion à l'autre que l'on va à la rencontre de l'autre et qu'on lui laisse le temps de dire, s'il en a envie, qui il est. Elle correspond avec ceux qui sont restés ici, et
sa mère a eu la bonne idée de partager cette lettre qui nous invite à nous interroger et qui n'est publiée qu'avec l'accord de l'une et de l'autre.
Bonjour à tous,
Internet, un frigo, de l’impatience, de l’eau chaude, du stress, un téléphone, des contraintes, un four, de la concurrence, une télé, des clefs, le règne de l apparence, un ouvre-boîte, de la
pression, une radio, la peur de mal faire, un dessous de plat, un sèche-cheveux.
Dans ma maison de bois jaune entourée de fuchsia, d’eucalyptus, de chèvres et d’immémorialité, cette maison qui tremble sous le vent, voilà tout ce qu il n’y a pas.
Sur un réchaud de camping, nous cuisons le pain, à chaque instant, attentifs à sa dorure et le partageons avec d’autant plus de délices et de solennité.
Avec une bouilloire en étain, nous réchauffons de l’eau et, munis d un petit arrosoir, nous la faisons couler sur notre corps, plaisir intense de la rareté et de la fin imminente.
A la lueur de la bougie, nous partageons des dîners simples et infinis, partageant des idées et des recettes de chaque recoin du monde et de notre tête.
Chaque semaine, c est l’expédition, nous partons en ville pour remplir nos étagères et garder le contact avec ce qui menace de devenir notre passé uniquement. Alors, nous arrivons à Puerto Montt [
à un peu plus de 1000 km au sud de Santiago du Chili, ndlr ], quel tumulte, nos gestes au ralenti semblent bien désuets ici, ou tous semblent savoir où ils vont et être déterminés à y aller aussi
vite que possible.
Nous observons tous ces gens, descendus tout droit d une affiche publicitaire, juste un peu moins souriants. Et le soir, nous sommes bien contents de nous retrouver autour de notre feu, drapés de
naïveté et de vêtements élimés.
Mais des fois, quelque chose, un article inquiétant, la crise, une idée noire qui s infiltre, on se rappelle que des gens tuent pour le plaisir ou pour le pouvoir, on se rappelle la haine de
l’autre et le rejet, l’angoisse et la précarité, l’exploitation et Sarkozy ou ses frères.
Alors la soirée sera un peu plus arrosée que d’habitude et au fond de nos yeux vitreux un regard sensible pourra y déceler, profonde et bien cachée, la lueur de la peur sans remèdes.
Voila, je suis dans ma petite ferme de WWOOF au Sud du Chili depuis plus d’un mois
maintenant.
J’y travaille modestement, lis et écris, nage beaucoup et observe puis écris encore.
Je raconterai plus de choses la prochaine fois. Je n ai que peu accès à l’Internet mais mes pensées pour vous, elles, ne fléchissent pas.
Merci pour votre présence, si loin et vos attentions, celles qui me parviennent et les autres dont je ne doute pas. Je pense a vous.
C.
Par pumpernickel
1
Derniers Commentaires