Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 00:10
Amphithéâtre “ surbourré ”, une jolie composition qui propose que l’on en termine rapidement (le procédé est tout de même expéditif, puisqu’il s’agit ni plus ni moins de les pendre !) avec les banquiers, des organisateurs manifestement ravis de constater que les mais sont là, attentifs et réactifs, et un conférencier, Frédéric Lordon, plus en forme que jamais malgré une méchante angine, a-t-il prétendu, mais nous n’en avons rien remarqué.

Tout commence avec un bon quart d’heure de retard à cause de ses maudits techniciens du son qui doivent procéder à leurs interminables réglages, calages et autres mises au point, mais c’est le jeu. “ On n’est pas de la télé ! ” pense devoir me préciser l’un d’eux, comme s’il avait compris le côté exaspérant, à peu près autant que les sonneries intempestives de téléphones (insup)portables, à cause de son systématisme de la manœuvre.

Avant de démarrer l’exposé sur le thème des moyens à employer “ pour en finir avec les crises financières ”, F. L. nous a offert une excursion dans la presse de droite extrême-dure aux mains du “ gang de l’ultra-finance ” qui régente la pensée en tenant les plumes des larbins du PPA. Ces gens réécrivent les faits avec une insolence à l’égard de leurs lecteurs qui n’a d’égale que leur flagornerie vis-à-vis de ceux qui les appointent. Les “ commentaires ” du JDD à propos de la réunion des têtes pensantes ( ! ?) des 20 dirigeants du “ gang de l’ultra-finance ”, présentant Monsieur le président de la République, singé par Medvedev dans une vidéo qui commence à tourner, comme le “ maître du monde ” est évidemment pitoyable de stupidité, et disqualifie pour longtemps celui qui ose prétendre écrire de telles fadaises.

Après ce hors-d’œuvre, on est entré dans le sujet dont je vous parlerai lorsque j’aurai lu le petit livre rouge “ Jusqu’à quand ? ” de Frédéric Lordon, probablement à la mi-décembre.
N’ayant rien pris pour noter, je me suis trouvé dans la situation de celui qui va au concert et qui se trouve confronté à un virtuose : muet, concentré, je me suis appliqué à suivre, voir à poursuivre, une pensée de quelqu’un qui tourne à 100 à l’heure et qui permet, grâce à la compacité de son propos et à la justesse des mots [dont il s’applique à démonter le sens ; quand quelqu’un a dit qu’il était, lui, pour l’innovation financière, F. L. lui a opposé le concept de prolifération financière, plus conforme à la réalité, et nettement valorisant pour ceux qui en abusent et nous font monter dans le train de la déflagration majeure avec un aller simple] qu’il emploie de laisser plus d’une heure à la salle pour poser des questions et émettre des opinions, souvent en décalage avec les siennes. Après tout, une telle façon de manifester son respect à l’égard de ceux qui se sont déplacés pour vous écouter est si peu fréquente qu’il est légitime de la souligner.

Si j’ai un peu compris, le mal nous vient de la sophistication de la machinerie financière qui n’est plus l’outil qui permet d’alimenter les acteurs économiques en capitaux, mais qui est devenue un système de valorisation financière par la valorisation financière. L’une des tares de cette construction relativement récente [elle date en fait de la fin des années ‘70], c’est la concurrence que se livrent ceux qui doivent proposer des “ produits ” plus attractifs que ceux d’en face, sous peine de perdre les parts de marché. Il a ainsi donné l’exemple de l’UBS qui a bu une première tasse durant les années ’90, qui a ensuite juré qu’on ne l’y prendrait plus, et qui a remis le couvert avec tous les autres cette fois-ci, avec des pertes colossales sur ce coup-là. Rien de cela n’arriverait si on en finissait avec cette croyance véhiculée par les membres du “ gang de l’ultra-finance ” selon laquelle risque et rémunération doivent être liés, les uns essayant de “ faire toujours plus ”que les autres. On en arrive alors à proposer du crédit à ceux qui ne peuvent le rembourser, à faire gonfler les bulles qui sont d’autant plus gosses [avant d’éclater] que les ficelles sont grosses, les propagandistes insolents et les “ responsables ” peu regardants. Avec ces mises en scène, on mobilise tout ce que la planète finance compte de cerveaux plus ou mal intentionnés, et on fonce le plus vite possible, le plus loin possible et le plus souvent possible [il a rappelé ce que nous avons tous oublié : durant la période 1945-1975, on n’a connu aucune grande crise financière ; et on peut même ajouter que l’on s’est finalement très bien sorti du premier choc pétrolier, sans doute parce que l’économie n’était pas déjà aux mais des financiers libéralistes qui nous ont fait de mal et qu’il est par conséquent urgent de haïr.], parce qu’à chaque fois, s’il y en a beaucoup qui perdent un maximum, il en reste quelques-uns qui touchent le pactole.

Iconoclaste jusqu’au bout, F. L. propose ni plus ni moins que la nationalisation du crédit. On se croyait au bon vieux temps du programme commun de gouvernement, quand la Gauche avait un avenir et qu’elle n’était pas aux mains de ce qu’il a appelé le PSG pour parti socialiste de gouvernement, cette organisation qui est à l’origine de toute la déréglementation de l’économie, des cadeaux fiscaux aux grandes fortunes et de la capitulation devant les forces libéralistes de la soi-disant Union européenne [il a rappelé que c’est le duo Delors-Lamy qui a réécrit l’article 67 du Traité de Rome sur les mouvements des capitaux qui ne devaient se faire qu’en fonction des besoins réels des économies, alors que cela devient un dogme dans la nouvelle mouture au nom de cette notion dévoyée de la liberté qu’en donnent les libéralistes qui se baptisent eux-mêmes libéraux, ce qui n’a rien à voir.].

De nombreuses questions ont été posées, dont certaines assez techniques, faisant appel à des données qui m’échappent un peu. Mais si je l’expose de cette façon, c’est que le conférencier lui-même reconnaît son ignorance de certains domaines, comme le fonctionnement de l’OMC ou les tensions sur les cours des matières premières alimentaires. Situation peu courante, et tout à l’honneur de l’invité des “ amis du Monde diplomatique ”, de “ Justice & Libertés ” et d’ATTAC-Strasbourg.

Il y avait longtemps que je n’avais pas assisté à une soirée de cette tenue et de ce niveau. Vous pouvez retrouver Frédéric Lordon sur son blog (parmi les blogs amis de Pumpernickel), en lisant le “ Monde diplomatique ” dans lequel il signe régulièrement des papiers, et en écoutant “ là-bas si j’y suis ”, l’émission de Daniel Mermet sur les antennes publiques de France Inter, l’après-midi de 15h05 à 16h00.
Par pumpernickel - Ecrire un commentaire
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