Mercredi 19 novembre 2008 3 19 /11 /Nov /2008 16:21
Ça n'a pas grand-chose à voir avec tout ce qui se passe et qui se dit sur le blog, mais demain, c'est la grève dans l'enseignement.
La faire, ou ne pas la faire ? Quid de la conduite de tous ceux qui ne font jamais grève et qui sont les premiers à faire valoir des "droits" que les autres ont gagnés en se faisant prendre leur journée de salaire ? Par ailleurs, que penser de l'efficacité d'arrêts de travail d'une journée alors que c'est une semaine ou un mois qui ferait plier un gouvernement sourd à la clameur qui monte du Peuple et aveuglé par son archaïsme idéologique ? Les mêmes causes produisant les mêmes effets, j'entends déjà le mépris goguenard de celui qui parvient à perdre les élections municipales à Périgueux [qui a l’outrecuidance d’en contester le résultat devant le Tribunal administratif qui rejette sa demande] qui nous expliquera, comme la dernière fois, que si 3% des enseignants ont défilé dans la rue, cela signifie que 97% ne l’ont pas fait, ce qui se passe de commentaire.
Alors m’est revenu ce que nous avions tenté à plusieurs il y a quelques années : faire cours, récolter l’argent qui nous aurait été pris et le verser à des associations qui œuvrent pour remettre à l’endroit ce que la politique du gouvernement met à l’envers. J’ai donc écrit cette lettre au ministre de l’Education nationale, ex-ministre de l’Instruction publique, pour qu’il sache que si je vais travailler, ce n’est ni pour lui plaire ni parce que ce qu’il (dé)fait me plaît.

Monsieur le ministre,

Demain 20 novembre 2008, l'ensemble des personnels de l'Éducation est appelé à débrayer pour manifester son opposition aux principales mesures que vous prenez depuis un an et demi que vous occupez votre fonction. Quels que soient vos motivations et les arguments que vous développez, il est possible à chacun d'en constater les effets.
À titre d'exemple, je puis témoigner que lorsque je suis arrivé dans mon établissement, le collège de Wissembourg, en 1982, nous étions 5 professeurs de technologie pour un peu moins de 1000 élèves. J’avais un peu moins de 200 élèves pour 21 heures de service (j'étais PEGC à l'époque). Actuellement, alors que j'ai passé le CAPET en 1990 et que je dois 18 heures de service, j'ai 271 élèves à ma charge, et nous ne somme plus que 3 professeurs de technologie + un stagiaire alors qu'il y a un peu moins de 900 élèves au collège. Cette situation est largement transposable dans l'ensemble des établissements que je connais. La manifestation de l'opposition me paraît parfaitement légitime.

Viennent ensuite les moyens qui sont mis en œuvre pour manifester cette opposition. Je sais que vos services procèderont, comme cela a toujours été le cas, en dépit des assertions venant parfois du sommet de l'État, selon lesquelles les journées de grève seraient payées, à une retenue correspondant à 1/30ème de mon salaire, qui devrait servir, si j'ai bien compris, et selon un système assez compliqué, à rémunérer celles et ceux qui accueilleront les enfants "privés" d'enseignants. Ces vases communicants ne me paraissent pas de nature à changer quoi que ce soit à vos projets, à l'égard desquels je vous prie d'enregistrer ma totale opposition.

Cela étant dit, je n'envisage pas de faire une fois de plus cadeau de ma journée à ceux dont les décisions ont pour conséquence d'avoir diminué de 20% le temps de présence des enfants à l'école [en effet, né en 1954, j'ai eu classe à l'école primaire les lundi, mardi, mercredi, vendredi et samedi, à raison de 6 heures par jour, soit 30 heures ; actuellement, les enfants n'en ont plus que 24], privant les plus vulnérables d'entre eux des possibilités de promotion sociale et intellectuelle auxquelles ils ont droit. Engagé par ailleurs au service des plus faibles, je mesure l'ampleur des dégâts que je tâche de réparer, modestement, à la mesure de mes moyens, avec d'autres qui le font modestement, à la mesure de leurs moyens, loin des caméras, au contact, réellement.

Tout cela étant posé, j'irai travailler demain. Mais j'aurai préalablement pris la précaution de poster un chèque de 120 euros, correspondant à ce que je pense devoir faire, que je destine à l'association des paralysés de France qui œuvre au quotidien pour redresser la situation créée par les mesures anti-sociales prises par votre gouvernement. Je vous prie par conséquent de bien vouloir me compter au nombre des protestataires qui, demain, formeront l'immense cohorte de celles et ceux qui ne parviennent pas à se satisfaire de la façon dont ils sont (mal)traités.

Puis-je ajouter la stupéfaction qu'a causée le silence de vos services lors du drame récent qui a frappé l'un de mes collègues et toute sa famille lorsqu'il a été acculé à une décision dramatique et malheureusement irréversible à la suite d'une dénonciation fantaisiste d'une violence dont il se serait rendu coupable. Je n'ai, à ce jour, rien lu et rien entendu de la part d'une hiérarchie qui aurait pu manifester le minimum de compassion à l'égard de l'un de ses fonctionnaires.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le ministre, l'assurance de ma considération très distinguée.

Antoine Michon
Professeur de technologie au collège de Wissembourg
1 rue Saint-Jean
67160 Wissembourg
Par pumpernickel - Ecrire un commentaire
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