Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /Août /2008 17:32

Une Histoire de l'autre presse
Tout a commencé il y a quelques années, quand il fallait se débattre avec des attaques en règle venant de la mairie de naguère. Cherchant appuis et soutiens, et surtout désireux de d’enrayer le mécanisme de pompe à vide enclenché localement, il a fallu aller au-devant de tous ceux qui écoutaient, incrédules, le récit des extravagances municipales. Mais, comme à quelque chose malheur est bon, cette épreuve aura permis de tisser un réseau de relations auprès de celles et ceux qui suivent de près «cette contre-presse, presse parallèle d’expression locale, presse idéaliste régionale, presse de contre-information, presse libre» selon les termes de la présentation que la médiathèque de La Riche (Indre-et-Loire).

Diversité et indépendance

    Protéiforme par nature, fonctionnant en marge des grands circuits financiers et de pouvoir, rétive à toute forme d’organisation centrale (d’où l’échec relatif des tentatives de mutualisations des moyens et des informations), sa diversité qui confine à l’éparpillement est d’abord sa force. Attaquer l’une de ses publications n’empêche pas les autres de fonctionner. à l’inverse de la presse classique qui s’est vendue à ses annonceurs, l’autre presse peut tout à loisir aborder les thèmes qui sont désertés à quelques exceptions près (Le Canard enchaîné est de ce point de vue La référence des petits journaux), et ce en-dehors de toute censure. Les sujets abordés sont liés à l'actualité, offrant un point de vue différent de celui des faiseurs d'opinion que sont les grandes plumes autoproclamées des gazettes nationales. Dans un style moins coincé que celui convenu d'une presse qui a abdiqué toute velléité d'indépendance à l'égard des pouvoirs politiques ou financiers, ces publications abordent les sujets sur un mode souvent ironique dans le but d'engager avec leur lectorat un réel dialogue qui alimente l'esprit critique de la société toute entière. Localement, après l'aventure du "Klapperstei68", des initiatives sont prises pour redonner du corps à l'expression libre. Citons ainsi le blog klapp68.over-blog.com qui reprend le flambeau à côté de "La Brosse" de Véesse [veesse@wanadoo.fr], ou, dans un autre genre, Tonic Magazine qui investit plus le sensationnel.

Arrêt à la médiathèque

    L a Riche est une ville de 10 000 habitants à l’ouest de Tours. Elle dispose entre autres d’une médiathèque moderne (mediatheque.ville-lariche.fr) qui contient un fonds de ces journaux que les titulaires de la carte de presse aiment bien observer, goguenards et méprisants [localement, on le constate hélas fréquemment], dit "Fonds Mureau" du nom de celui qui en a fait don, Dominique Mureau. Imprimeur tourangeau à "La Communication écrite" (1981- 1997), il a été auparavant directeur de publication du P’tit rouge de Touraine. C’est durant cette période qu’ont été rassemblés quelque 200 titres de presse alternative dans le cadre d’échanges d’abonnements.
Déposés à la médiathèque en janvier 2000, ces journaux ont été classés afin de constituer un fonds spécifique, et original, sur la presse alternative. Parmi les archives de l’imprimerie, se trouvaient des ouvrages ou articles généraux sur la presse alternative et des documents (courrier, compte-rendu de réunions, budgets...) relatifs aux journaux publiés par Dominique Mureau. Ces archives ont été classées et sont conservées à la médiathèque afin de constituer une documentation complémentaire à la collection.

Richesse patrimoniale

    Si la plupart de ces journaux ne paraissent plus aujourd’hui, leur intérêt patrimonial et historique est loin d’être négligeable. Ils sont souvent le reflet d’une époque. Il faut ajouter que la plupart de ces journaux, ne suivant pas toujours les normes de publication, n’ont pas tous effectué un dépôt légal et n’ont donc pas pu être répertoriés à la Bibliothèque nationale.
    Etant donné le volume (8 mètres linéaires) et la fragilité de la collection, celle-ci est à consulter sur place, dans les magasins de la médiathèque. Cela permet de la protéger la collection, mais restreint le public visé (amateurs, sociologues, historiens, étudiants). Aussi, afin de développer d’autres moyens d’accès, il est possible d'en avoir une première approche en allant sur le site de la médiathèque.
La collection reste ouverte, c’est-à-dire que la médiathèque souhaite la compléter. Depuis l’annonce du dépôt, des donateurs ont fait parvenir des revues [dont Pumpernickel, ndlr].

Cet article reprend dans ses grandes lignes la présentation qui est faite de la presse dite alternative sur le site de la médiathèque de la ville de La Riche.
Merci à Geneviève Gandy, directrice, pour sa disponibilité.

Festival
Comme à l'accoutumée, les rencontres des amis de Pumpernickel se tiendront en même temps que la quatrième édition du  festival international de musique (www.wissembourg-festival.com). Grâce à l'enthousiasme d'Hubert Wendel, les habitants de la petite ville auront le privilège d'accueillir une brochette de virtuoses de premier plan et d'envergure internationale sur le talent desquels il convient de s'incliner, pour ensuite les remercier de nous gratifier de leur présence. Pas moins de 16 concerts sont ainsi proposés à un public averti et fidèle [2 000 personnes font le déplacement chaque année]. Il suffit de se remémorer la première édition et le pari presque insensé qu'a tenté, et réussi, son initiateur pour saluer comme il convient son travail de bénédictin !

    Cette édition rend hommage à un musicien, Willem Mengelberg. Selon la biographie disponible sur la plaquette, il a dirigé l'orchestre du Consertgebouw d'Amsterdam jusqu'en 1945, et s'est engagé avec passion pour Gustav Mahler. En fait, Mahler étant juif, il a cessé de l'interpréter dès qu'il en a reçu l'ordre de ses amis. Mengelberg a été chassé des Pays-Bas au lendemain de la guerre pour collaboration. Il a fini ses jours en Suisse déchu de tous ses titres, feignant de ne pas comprendre la disgrâce qui le frappait.
Honoré par la Deutsch-Niederlandische Gesellschaft qui le reçut en 1938, il a poursuivi le contact avec ses amis après qu'ils eurent envahi son pays, expliquant au Gauleiter Seyß-Inquart, responsable entre autres de l'assassinat de 100 000 juifs néerlandais, les secrets de ses interprétations, comme en témoignent les photos disponibles sur le site de l'institut néerlandais de documentation sur la guerre [
www.beeldbankwo2.nl]. Mengelberg ne pouvait tout empêcher, il sauva même quelques musiciens juifs de "son" orchestre, mais pas le frère d'Etty Hillesum qui fut assassiné dès son arrivée à Auschwitz [voir le livre de Sylvie Germain]. Il assista sans broncher à la répression qui, lors de la grève de février 1941 (événement unique par son ampleur), s'abattit sur le monde ouvrier s'insurgeant contre les rafles de juifs à Amsterdam.

    Sans remettre en cause la qualité artistique des uns et des autres, mais comme il n'y a pas d'ombre sans lumière, il paraissait nécessaire de rétablir, sans polémiquer, des faits historiques incontestables.

Par pumpernickel - Ecrire un commentaire
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