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J'ai déjà évoqué George Orwell sur le blog de Pumpernickel, ou dans sa version imprimée. Tout le monde ou presque a lu La ferme des animaux ou 1984, son roman le plus célèbre dont a même été tiré un film, dernière apparition à l'écran de Richard Burton, lui-même mort en 1984. J'avais aussi évoqué la biographie d'Orwell, reparue ces dernières années, qui permettait de faire connaissance avec un homme à la personnalité relativement étrange et pas très sympathique, mais où une volonté ferme et déterminée apparaissait sous chacune de ses décisions.
Sur cette lancée, je viens de lire – semaine de vacances et temps libre oblige – un roman qui date du début des années 30 et précède le départ d'Orwell pour les combats de la guerre d'Espagne dans les rangs du POUM) : Dans la dèche à Paris et à Londres.
Curieux ouvrage. Simple récit d'années de misère que l'auteur s'est volontairement infligées, mais aussi description systématique et sans fioritures de la vie du crève-la-faim ordinaire dans les deux capitales dans " l'entre-deux-guerres ". Orwell y décrit, du dedans si on peut dire, la vie des clochards, des chômeurs, des SDF et autres exclus pour parler comme aujourd'hui, mais aussi des " travailleurs pauvres ", concept que nous croyons avoir inventé avec la modernité alors que c'est une réalité récurrente et organisée qui puise sa source dans l'exploitation (" de l'homme par l'homme ", aurait dit tonton Karl). Le livre se divise donc en deux parties, la première à Paris (là, il travaille quand il trouve un emploi – minable et mal payé car que peut faire d'autre un individu qui ne sait qu 'écrire ?) et la seconde à Londres où il est « trimardeur », vagabond, et doit errer de refuge en asile de nuit, poursuivi par des lois qui semblent organiser la misère de quelque dizaines de milliers d'hommes pour en tirer un maximum de profit.
Orwell est un écrivain politique. S'il décrit par le menu sa vie durant ces années misérables, il consacre quelques chapitres à l'analyse des causes et des effets de cette situation. A travers les questions qu'il pose et la description des protagonistes de cette " aventure " (l'activité des oeuvres charitables anglaises apparaît sous un jour nouveau et peu reluisant), et il élabore, avec une modestie certaine, des ébauches de solutions que ne pourraient renier nos contemporains. A croire que depuis 80 ans les choses ont peu changé, et que la volonté de mettre un terme à la misère a su rester strictement verbale, pour le plus grand bonheur des nantis.
RH
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