Mercredi 30 juillet 2008 3 30 /07 /Juil /2008 11:20

Il semble que Mme Boutin, ministre du logement et de bien d'autres choses encore (dont une des parties les plus réactionnaires et bien-pensantes de l'électorat), veuille laisser, elle aussi, son nom à une loi dont le but serait de résoudre le lancinant problème du (non)logement en France. Ce sera donc la maison à 15 euro par jour.

Une note tout d'abord sur la présentation de cette solution. 15 euro par jour, une misère, trois sous, mais surtout un chiffre délibérément petit, le plus petit possible, pour entrer dans les esprits comme un objectif tellement facile à atteindre. Alors, pourquoi pas calculer à l'heure (62 centimes) ou à la minute (0.01042 centimes) pour rendre la chose encore plus accessible ? Cela fait penser au permis de conduire à 1 euro par jour, mesure démagogique dont l'expérience prouve qu'elle n'a rien résolu.

Revenons à notre chaumière. Le mécanisme semble simple : un quidam, trop peu fortuné pour acheter la maison de ses rêves au « prix du marché », va acquérir une maison qu'il va payer à crédit pendant quinze ou vingt ans. La MAISON seulement, car il ne paie pas le terrain sur lequel elle est construite, ce terrain étant acquis par un organisme qui le paiera directement au propriétaire et le portera (comme on dit dans le monde de la finance) pendant que les habitants rembourseront la construction. Une fois cette construction payée (au bout de quinze ou vingt ans, donc), il faudra acquérir le terrain lui-même, ce qui sera fait à crédit pendant une nouvelle durée de quinze ou vingt ans. Globalement, cette maison à 15 euro par jour est un engagement pris par les candidats au paiement de traites pour une durée qui pourra atteindre trente ans et plus.


Quelques questions et remarques.

  • L'acquéreur du terrain, un organisme plus ou moins officiel, paie le terrain au propriétaire. Bien. Pour ce faire, il emprunte, et doit donc payer pendant quinze ans des intérêts avant de rembourser le principal au moment de la revente au propriétaire de la maison. Imaginons un taux de 3% l'an : au bout de quinze ans, pour un terrain de 500 mètres-carrés acheté 100.000 euro, cela représente 45.000 euro, dont il n'est pas question de faire cadeau. Notre propriétaire de maison (enfin payée) se trouve donc, après quinze ans, à la tête d'une nouvelle dette de 145.000 euro. Une paille !

  • Après quinze ans, une maison (dont on imagine déjà la qualité de construction), nécessite toujours quelques travaux qu'il faut bien financer. Tout un chacun sait ce que coûte la moindre visite de plombier, de couvreur ou d'électricien. Qui aura les moyens de payer et donc d'entretenir ?

  • Où va-t-on construire ces maisons  ? Une fois de plus là où le terrain est bon marché, pour amoindrir les coûts et les risques financiers, c'est à dire loin de tout : commerces, écoles, services publics en tous genres, transports en commun en particulier. Ce qui fait qu'en plus du remboursement (de la maison d'abord, du terrain ensuite), il faudra trouver un budget pour les déplacements. Une fois de plus, c'est à la voiture qu'on fera appel, ou plus exactement aux voitures, car si deux adultes travaillent, c'est rarement aux mêmes heures et au même endroit. Bref calcul : une trentaine de kilomètres par jour, matin et soir, avec deux voitures, cela représente en gros 30.00 kilomètres par an. A 8l/100 km, cela fait 2400 litres, à 1,5 euro (aujourd'hui !) soit 3.600 euro par an, soit 8 MOIS de « maison à 15 euro par jour » qui transforme en maison à 25 euro par jour.

  • S'endetter pour une vie (vive la retraite à 68 ans !) c'est bien, mais est-on contraint de vivre toute sa vie au même endroit  ? En cas de « mobilité professionnelle », comment pourra se faire la revente, et à qui, à quel prix d'un marché plein d'incertitudes  ? Aujourd'hui, certaines résidences secondaires tout à fait charmantes sont difficiles à vendre car trop tributaires des coûts de déplacement en voiture. Alors, quand les riches se mettent à scruter la jauge du réservoir, ne faut-il pas se poser la question pour les pauvres   ?


Évidemment, cette liste est loin d'être exhaustive et mériterait bien des commentaires. En voici un. Il y a bien des années, une trentaine, certains parlaient de « municipalisation des sols ». Il s'agissait de faire échapper aux lois du marché, de la spéculation foncière qui se nourrit de la pénurie, les terrains constructibles pour y mener une politique du logement, en gros construire les maisons ou appartements dont les habitants ont besoin et non ceux qui rapportent aux investisseurs. Cette vieille idée, fondée sur une idée à la fois juste et noble, semble avoir disparu du vocabulaire, et c'est bien dommage.


Un dernier mot. Plutôt que faire fantasmer les gens avec la propriété, pourquoi ne pas revenir à la location de (très) longue durée que connaît le droit français (http://fr.wikipedia.org/wiki/Emphyt%C3%A9ose) et qui permettrait d'avoir tous les avantages de la stabilité, de la sécurité financière et psychologique tout en permettant une maitrise des opérations immobilières  ? Mais cela casserait peut-être le marché. Quelle horreur !

Régis Hulot


Publié dans : pumpernickel - Par Hulot. - Ecrire un commentaire
Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

visites depuis le 01/01/08

Présentation

 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés