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Personne n'a compris ces abstentions [lors de la nomination d'Ingrid Bétancourt "citoyenne d'honneur" de Wissembourg] qui
interrogent sur les ressorts humanistes qui doivent ou devraient tous nous animer, quelles que soient nos divergences sur les remèdes à apporter aux maux qui nous frappent. Quand un être humain
est dans la détresse ou la difficulté, il n'y a pas à mesurer le témoignage d'amitié et de réconfort que nous pouvons lui envoyer, pas plus qu'il n'y a de "raison" à invoquer on ne sait quel
prétexte pour se réfugier derrière une pseudo neutralité que l'on aimerait faire passer pour de la distanciation et qui n'est en fait qu'une marque supplémentaire d'indifférence.
Le texte ci-dessous est le témoignage de soutien d’Yves Simon, auteur-compositeur-interprète et romancier. Il a été dit au cours
de la soirée « Les Voix de l’Engagement » du 13 février, à Louvain-la-Neuve.
Quant à l’engagement des artistes ou intellectuels, Simone Signoret me répétait souvent : “Il vaut mieux faire que ne pas
faire”. C’était sa manière de répondre par avance aux détracteurs de tout bord qui insinuaient qu’il était facile se s’engager, de signer une pétition, de se rassembler puis de de se retrouver
dans sa tour d’ivoire avec le sentiment du devoir accompli.
Après tant de manifestations, de poèmes de Raul Riveiro lus en public pour le sortir des geôles cubaines, les témoignages de
sympathie pour Christian Chesneau et Georges Malbrunot, otages en Irak, lus sur le parvis de l’Hôtel de Ville devant des milliers de Parisiens fervents, l’Olympia des chanteurs pour Florence
Aubenas, la chanson de Renaud pour Ingrid Betancourt, on peut se demander en effet s’il n’y a pas là que de simples gesticulations pour se donner bonne conscience à peu de frais et rentrer chez
soi vérifier si le monde tourne toujours. Une réponse limpide est venue au Théâtre du Rond-Point, lors de la soirée des comédiens pour Florence Aubenas. Jean-Paul Kauffmann, détenu deux années
dans des geôles du hezbollah libanais sait de quoi il parle et il a dit ces simples mots: “Tout est indispensable, même l’action en apparence dérisoire est inestimable. Je puis témoigner qu’une
cellule, même la plus isolée, n’est jamais entièrement hermétique. Un souffle d’air venu de l’extérieur parvient parfois à y pénétrer... La médiatisation est une protection.”
Simone Signoret avait donc raison: nos dérisoires lâchés de ballons avec Reporters sans Frontières, place du Trocadéro, les
portraits d’Ingrid ou de Florence déroulés devant l’hôtel de Ville de Paris ou place de la République, nos voix diffusées sur des antennes de radio, quitte à être critiqués, à être moqués, ne
sont inutiles en rien. Ils donnent en tout premier lieu du baume au cœur à la famille, aux amis des absents, de plus, ils forcent les gouvernements à agir plus et mieux, et parfois, par une radio
providentielle, par une conversation des ravisseurs, les enfermés savent que l’on pense à eux, si loin, qu’ils existent dans nos pensées et sont présents dans les cœurs d’une Nation.
Ce soir, c’est à Ingrid Betancourt, à Aung San Suu Kyi, à Fred Nérac que nous pensons plus particulièrement. Ils sont privés de
circuler librement, d’embrasser ceux qu’ils aiment, de les choyer, de réconforter par leur présence leurs amours, leurs enfants, ils gardent en eux tant de paroles, tant de gestes que sans doute
parfois le désespoir les gagne. A nous, magiquement, de leur donner le courage dont ils ont besoin, à nous de parler, de tendre nos bras, à nous de dire que le monde est moins riche sans leur
présence auprès de nous, à nous de médiatiser leur absence pour les protéger, à nous de dire haut et fort que ces personnes sont nos frères, nos sœurs et surtout: qu’ils nous manquent
terriblement.
Yves Simon
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