Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /Mai /2008 08:13

Actualité wissembourgeoise

Pour mesurer l'ampleur de ce qui s'est passé le 9 mars dernier, il suffit de se replonger dans ce qui pouvait être écrit il y a 7 ans. à l'époque, le succès de la droite dure permettait à la presse locale, exemplaire  de révérence, de tirer des conclusions vaseuses sur l'éternité de la présence du conservatisme à l'hôtel de ville. Tout ce petit monde apparaît complètement hors du coup, n'ayant rien vu venir, insensible à l'humeur des Wissembourgeois.

Seul à avoir pronostiqué le changement, et à l'avoir écrit, Pumpernickel peut revenir sur cet événement qu'il a accompagné, depuis plus de 12 ans, sans se laisser impressionner par qui que ce soit.

Pour une surprise, ça en été une, surtout semble-t-il pour ceux qui ont gagné, et qui avaient du mal à y croire encore quelques jours avant le verdict ! Bien qu'ils sentissent  que la ville n'était plus pareille à l'image immobile que voulaient en donner tous les tenants de l'ordre établi. Il y a même eu confrontation, en particulier durant la dernière semaine, quand, flairant la modification des données, le maire d'antan s'est lancé dans un improbable marathon … des parkings de hard discounters. Personne n'en revenait de le voir évoluer dans cet environnement inhabituel  pour lui. Le paroxysme a été atteint les deux derniers jours, avec des tracts complètement à côté du sujet, illisibles, incompréhensibles, avec un pic le 8 mars au matin quand "ils" étaient au marché, à la provocation, cherchant à pousser à la faute l'adversaire honni. Ils en auront été pour leurs frais, cette ultime manifestation d'existence ayant été prise pour ce qu'elle était, de la gesticulation insignifiante. Mais pour reprendre l'une des observations favorites de celui que personne ne regrette, tout cela aura singulièrement manqué de dignité.

Quel dimanche !

            Aller voter n'a pas été de tout repos non plus, puisqu'il fallait encore supporter cette présence un peu collante jusqu'à l'entrée du bureau de vote que le futur déchu occupait, et avec quelle ostentation. Cela lui a d'ailleurs valu un mot à la commission électorale de contrôle, malheureusement incompétente pour les villes de moins de 20 000 habitants. Mais il ne perdait rien pour attendre, le bougre.

            Durant la journée, si les uns ont fait du repassage, les autres ont pris leur vélo, histoire de ne pas se laisser outrageusement prendre par ce qui se jouait et dont le dénouement allait constituer ce que les media audiovisuels régionaux ont qualifié de séisme.

            Puis 18h00 ont sonné, avec le début du dépouillement. Foule des très grands jours  à la mairie où dès 18h20 on sentait que quelque chose était en train de se faire. Peu ou pas de résultats des autres bureaux (où l'un des "ténors" de la municipalité défaite se voyait réélu avec…70% des voix ; si, si, c'est authentique et en dit long sur le décalage entre Wissembourg et eux), des badauds  de plus en plus nombreux, les bientôt battus qui refluent petit à petit vers la cour intérieure sous la poussée du Peuple qui reprend possession de ce qui lui a été pris, les mines qui s'allongent ici, l'espoir qui n'ose pas encore s'afficher, puis un copain qui arrive avec le verdict : on a gagné, j'ai tous les bureaux, une trentaine de voix. C'était à 18h50.

L'heure des comptes

            Pendant ce temps-là, "on" faisait et refaisait les totaux, incrédule, abasourdi et probablement effaré de ce qui se passait. Il a bien fallu interrompre l'interminable passage en boucle des résultats partiels … de Weiler (où les perdants faisaient un pénible 52% et que l'on nous infligeait depuis une petite demi-heure) pour donner le résultat. La télévision régionale qui s'était déplacée (une première dans l'histoire politique) et auprès de laquelle "on" pensait une fois de plus pouvoir fanfaronner, n'était pas là pour rien ! Elle a pu rendre compte du bonheur qui se lisait sur les visages de plus de 80% des présents. Parmi eux, et là encore c'est une première, nos compatriotes d'origine immigrée participaient à la fête, et n'étaient plus priés, comme d'habitude, de rester entre eux. Ils avaient au moins une bonne raison d'être là : pour la première fois, siège au conseil municipal de Wissembourg un élu dont les parents n'ont pas le droit de vote parce qu'ils ont été contraints de partir de chez eux pour trouver ailleurs des moyens de subsistance. Lourde responsabilité pour lui, et initiative prometteuse pour ceux qui ont eu l'idée de l'intégrer à la gestion de la ville. À la limite, ce qui est étonnant, c'est que cela nous surprenne !

Sacrée soirée !

            Mais revenons à la soirée. Si les battus ont bel et bien été complètement pris de court, les gagnants s'étaient préparés à la victoire, s'abstenant de tout débordement qui aurait évidemment gâché l'ambiance. Donc peu de prises à partie ou de réflexions bien senties (qui n'auraient tout de même pas été volées), rien que des congratulations entre celles et ceux qui avaient fait de leur mieux pour qu'on en voie enfin le bout ! Et quelques embrassades émouvantes entre majoritaires nouveaux et minoritaires historiques, les uns n'oubliant pas que c'est à l'action patiente, désintéressée et opiniâtre des autres qu'ils doivent la situation actuelle. Nous étions quelques-uns à regretter que telle ou tel ne soit pas des nôtres ce dimanche soir pour partager ce moment à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire de la ville.

            L'émotion passée, le maire qui ressemble à ses administrés est monté sur une table pour une prise de parole avant de donner rendez-vous au Relais culturel pour une soirée improvisée comme beaucoup d'entre nous n'auraient jamais pensé qu'ils la connaîtraient un jour.

Tout reste à écrire

            La suite s'est jouée en deux temps, le 14 mars avec l'élection du maire et des adjoints [ce n'est pas de côté-ci qu'il faudra chercher le changement, car on repart sur les mêmes bases (8 adjoints, dûment appointés (*))], puis le 3 avril pour l'épilogue avec les élections / nominations / délégations aux différents organismes, commissions et structures [ce n'est pas de côté-là qu'il faudra chercher le changement, car on repart sur les mêmes bases (tout pour nous, le reste pour eux, s'il en reste)] avec le déshabillage total de ceux qui étaient tout et qui ne sont plus rien. D'ailleurs, résignés, ils n'ont même pas levé le petit doigt.

            Indépendamment de la nécessaire cohésion de l'équipe municipale, on est tout de même conduit à se demander si c'est avec du vieux qu'on fait du neuf.

(*) : pour information, rappelons-nous que ces armées mexicaines sont une particularité hexagonale qui interroge nos voisins et partenaires européens. Ainsi la municipalité d'Amsterdam, capitale des Pays-Bas, 750 000 habitants, ne compte que 6 adjoints ; par ailleurs, un bon quart des élus (municipaux et d'arrondissement) est d'origine immigrée.
Par pumpernickel - Ecrire un commentaire
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