Partager l'article ! Je sous-traite - épilogue ?: Chers amis, je vous l'avais promise, la voici, la lettre à laquelle Madame la Vice-Présidente du Conseil Général de ...
N...
(signe Régis Hulot sur la Toile)
44000 Nantes
adresse de courriel
le 4 février 2008
Madame Michelle Meunier
Vice-Présidente du Conseil Général
Madame la Vice-Présidente du Conseil Général,
En manière de préambule.
Il est bien heureux que cette lettre ne parte qu'aujourd'hui lundi. Cela m'a permis d'aller faire un petit tour sur le blog de campagne de Michelle Meunier, d'y constater que le " grand nettoyage de printemps " y avait été fait pour ne plus laisser subsister " que les commentaires élogieux dont la profondeur abyssale laisse sans voix " comme je me suis plu à l'écrire. Encore bravo pour cet excellent travail de remise en ordre de l'expression démocratique ! Mais je crois qu'au fond je ne vous en veux pas, pour la bonne et simple raison que vous ignorez ce qu'est un " blog ", de campagne ou pas, et tout autant ce qu'est la liberté d'expression. Vivant et agissant dans un système où le verrouillage est de règle, où le maire de Nantes a mis aux postes principaux (à la communauté urbaine, au conseil général, à l'assemblée régionale, et dans un grand nombre de services ou de structures où se font les décisions) des hommes et des femmes qui lui doivent tout et lui sont donc tout dévoués, vous ne pouvez imaginer que des vois " discordantes " se fassent entendre et contestent le bien fondé de vos actes ou de vos déclarations. Pour mon malheur, je suis non un électeur de gauche mais un homme de gauche, c'est à dire que je me sens comptable, vis à vis de mes contemporains, d'un héritage où se mêlent harmonieusement la culture judéo-chrétienne, la richesse de la pensée gréco-latine, les idées des Lumières et de la Révolution française, les combats politiques et syndicaux du XIXème siècle, les conquêtes sociales du Front populaire et celles inspirées par le Conseil national de la Résistance, jusqu'aux décisions inspirées par Mai 68 et mises en œuvre, pour certaines, entre 1981 et 1995. Cet héritage, qu'on peine à retrouver dans les idées (?) du Parti (dit) socialiste d'aujourd'hui, m'interdit de rester silencieux et immobile quand je constate que du fait d'une pensée défaillante et d'une pratique en pleine dérive les élus qui se réclament de la gauche font fi de leur devoir et préfèrent s'en tenir à une action qui ne dérange en rien ceux qu'ils prétendent combattre.
Libre à vous de vous être convertie au social-libéralisme, de considérer que le " marché " peut résoudre les problèmes du fait d'une vision purement comptable du monde, que le travail d'une socialiste au conseil général consiste à se transformer en un énième avatar de " dame patronnesse ", je garde, malgré tout, le droit de le dire par les moyens que je juge utiles sans être taxé de " diffamateur ". Et ce n'est pas la garde vigilante de quelque dévoué porte-plume qui m'empêchera de le faire ; j'en ai connu d'autres, et de plus coriaces.
Revenons à nos moutons. Je vous ai donc écrit, il y a maintenant près d'une quinzaine de jours, en attirant votre attention sur une pratique découverte à l'occasion de ma recherche d'un emploi.
Je me permets tout d'abord de me citer moi-même : " Rassurez-vous, chercheur d'emploi comme des milliers de mes concitoyens, je ne vais pas user de ce moyen pour solliciter d'une élue son concours ou son aide pour m'aider à trouver un travail. " Ainsi, il n'était nullement question pour moi d'une démarche personnelle vis à vis de vous présentée comme une aide (?) à la recherche d'un emploi, mais de me situer et d'expliquer les raisons de ma découverte d'une situation qui m'a fait réagir. D'ailleurs, je poursuivais en précisant " que ni vous ni personne d'autre ne pourra résoudre, dans l'état actuel des choses, le lancinant problème du chômage. " Il me paraît donc quelque peu abusif d'arguer du fait que j'évoquais une situation personnelle " qui n'intéresse pas les internautes lecteurs de ce blog de campagne " (je vous cite) pour justifier le retrait de mon commentaire en prévision d'une réponse personnelle – que je n'ai d'ailleurs toujours pas reçue.
C'est donc sur la méthode que porte notre différend.
D'abord sur le fait que vous avez retiré, ou fait retirer, ou qu'un de vos (trop) zélés collaborateurs a retiré mon premier commentaire (et quelques suivants). Dans le domaine de la " blogosphère ", la liberté de commenter est la règle, et les modérateurs a posteriori se contentent d'éliminer ce qui est contraire aux bonnes mœurs, relève de la haine raciale, de l'incitation à la violence, etc. Je suis par exemple abonné au remarquable blog de Me Eolas qui suit cette règle et accepte par ailleurs que tout internaute commente librement ses articles, éliminant seulement ce qui tombe sous le coup de la loi. Un autre blog, celui de Pumpernickel, très marqué politiquement à gauche, ne fait aucune modération, se contentant d'éliminer ce qui relèverait du Code pénal, et commentant même les interventions de ses adversaires. Si donc j'avais été susceptible d'enfreindre la loi, voire de vous diffamer, je n'aurais pas eu à protester après votre initiative d'élimination du commentaire incriminé.
De toutes façons, il aurait été normal d'indiquer que mon envoi avait été retiré parce que vous me réserviez une réponse directe et personnelle, éventuellement parce que vous considériez qu'il vous diffamait. A ce propos, je vous rappelle que la diffamation répond à un certain nombre de critères définis par la loi, qui ne sont pas réunis dans mes écrits, à moins qu'un avocat temporairement désœuvré ne vous ait assurée qu'on peut employer un terme juridique à partir d'une citation douteuse d'une personne abusivement assimilée à une autre, ou dont les propos sont assimilés à ceux d'un tiers. De telles méthodes ne font pas honneur à votre esprit d'analyse, et c'est dommage.
Sur le fond, j'ai bien noté que la décision (que je sais parfaitement légale) de sous-traiter le transport des personnes handicapées à une entreprise privée spécialisée était due au fait que le Conseil général " ne dispos[ait] ni d'une flotte de véhicules adaptés ni de personnels spécialisés, [et avait] procédé comme toute administration à un appel d'offres. " Dans mon esprit, il n'était pas du tout question d'assimiler cette sous-traitance à la disparition du caractère de " service public " de la prestation mise en œuvre. Je crois avoir été mal lu, mal compris, ou peut-être me suis-je mal exprimé.
Vous précisez également que le choix de la sous-traitance tient au fait que la prise en charge directe par les services du Conseil général aurait été trop lourde pour les finances du département, et que la société VAD disposait de matériels et de personnels spécialisés. L'argument n'est pas nouveau, mais est souvent à géométrie variable, mais qu'importe. Plus près des réalités, on doit surtout constater que le personnel de la société sous-traitante subit le temps partiel contraint, qu'il est payé au plus bas prix possible (SMIC sans espoir sérieux d'évolution positive de salaire ou de carrière), que sa spécialisation doit se borner à être titulaire de son permis de conduire, plus éventuellement de l'attestation d'administration des premiers secours (qui s'obtient en deux ou trois jours de stage), bref, qu'il s'agit de gens qui doivent se contenter d'une situation que refuseraient les employés du département en vertu de leur statut et de leurs prérogatives, ce que je ne leur reproche absolument pas. C'est l'acceptation de difficiles conditions de travail et de faibles revenus qui induit le coût plus faible pour la collectivité et le transfert pour ces douteuses raisons au privé (encore qu'il faudrait affiner l'analyse économique de telles situations).
Terminons sur la fameuse " valeur ajoutée ".
Vous en avez, me semble-t-il une bien curieuse vision. Si vous voulez parler du service rendu, indiscutablement la mise à disposition des personnes handicapées d'un moyen de transport efficace, peu coûteux voire gratuit, adapté à leur situation est une très bonne chose. J'ai moi-même, à une époque où l'accessibilité des handicapés aux locaux publics n'allait pas encore de soi, obtenu un aménagement de l'entrée d'un bureau de poste compatible avec l'usage des fauteuils roulants. Une simple (et vigoureuse) lettre au maire et à quelques ministres et responsables politiques avait suffit à obtenir cet heureux résultat. Il faut préciser qu'à l'époque le maire en question était communiste et que les travaux avaient été réalisés par des employés municipaux.
Quand je parle de " valeur ajoutée ", je parle de ce que j'ai entendu dire et de ce que j'ai vu pratiquer dans les entreprises : elles ne pratiquent pas la philanthropie, elles ne travaillent pas pour la gloire, elles dégagent des bénéfices, elles rémunèrent leurs actionnaires, elles (et je parle de Veolia dont VAD, votre sous-traitant, est une filiale) cherchent à " maximiser " les profits, elles ont des centres de profit qu'elles cherchent à développer, et des charges qu'elles cherchent à minimiser, c'est dans ce contexte qu'il faut comprendre le terme " valeur ajoutée ", et non pas autrement.
J'avais parlé de privatisation des profits et de socialisation des pertes. Je maintiens ce que j'ai dit, d'autant plus que j'ai à l'esprit un autre exemple ponctuel, qui concerne la communauté urbaine de Nantes, où la même méthode a été adoptée au prétexte d'alléger les coûts pour le budget public.
J'ai peut-être une lecture erronée de votre politique. Bien entendu, je ne jette pas le bébé avec l'eau du bain, je reconnais les initiatives heureuses ou utiles quand il y en a, mais pas si souvent hélas menées à leur terme. Je regrette simplement qu'un certain manque d'imagination, voire de courage, amène le parti socialiste et ses membres, sacrifiant aux dieux de la libre entreprise et du capitalisme de marché, à s'émerveiller de la rue de Solférino en oubliant un peu vite la Cité Malesherbes.
Vous agréerez, j'en suis certain, l'assurance de mes sentiments distingués.
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