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Rappelez-vous, c’était il y a presque un an. Monsieur le maire de Wissembourg, dit Roi-Pierre, nous la jouait immodeste en la ramenant sur cet ensemble
immobilier qui allait prendre la place de l’ancienne imprimerie, tirant un trait sur un siècle et demi de savoir-faire industriel et culturel, mais il faut savoir faire des sacrifices. Les
travaux de démolition sont allés bon train, car il fallait se débarrasser au plus vite de ce souvenir. Puis le statu quo s’est installé, plus rien n’a bougé. A tel point que
l’on a même failli s’inquiéter pour la santé de ce malheureux promoteur qui voyait les euros s’envoler au gré des semaines d’attente. La raison de ce malencontreux retard ? On a découvert ce
que tout le monde savait déjà, mais qui a semblé en surprendre plus d’un parmi les initiateurs du projet : il y avait un cimetière à cet endroit où était installée une communauté de
dominicaines. Une bonne vingtaine de corps ont ainsi été mis à jour et prestement recouverts tant d’une couche de terre que d’une chape de silence comme on les aime, car il fallait éviter les
pillages, comme on vient de l’entendre. C’est à peine si l’organe local du parti de la presse et de l’argent, la P2R, en a parlé, et encore était-ce sous la forme du plus discret des entrefilets,
histoire de ne pas affoler les populations probablement. Car chacun sait que le calme est le gage de la bonne administration, c’est un membre du corps préfectoral qui me l’a confié il y a une
douzaine d’années.
On en était là quand le quartier s’est un peu animé en décembre-janvier avec le déménagement des machines, dont seul Pumpernickel s’est fait l’écho en
publiant quelques photos sur son blog. Là encore, mention spécial et diplôme d’honneur pour l’organe local du parti de la presse et de l’argent, la P2R, qui n’en a pas soufflé mot.
Puis à nouveau le calme plat quand arrivent ce matin les représentants de l’INRAP, institut national de recherches archéologiques préventives, qui viennent
ici pour une campagne de 6 semaines. On va gratter, fouiller, scruter, répertorier, inventorier, et peut-être déplacer les corps comme cela a déjà été fait pour quelques-uns d’entre
eux.
Pour la petite histoire, il est amusant de rapporter que, s’ils sont incollables sur la période médiévale qui nous intéresse en l’occurrence, nos
archéologues semblaient tout ignorer du passé prestigieux de l’Imprimerie de Wissembourg. Autant dire qu’Amnésie est déjà bien au travail.
Ce soir, la pelle hydraulique a bien travaillé, décapant sur une quarantaine de centimètres d’épaisseur, les emplacements sont marqués, les baraques
s’installent, et on attend.
Ah, on allait oublier. Tout cela intervient après qu’un diagnostic a été fait, et peu importe que nous n’en ayons rien su car nous serons maintenant mis au
courant de tout. Gageaons que demain mardi 12 février 2008 on pourra lire quelque chose dans l’organe local du parti de la presse et de l’argent, la P2R. et maintenant quelques photos :
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