Mardi 25 septembre 2007 2 25 /09 /Sep /2007 22:02
Ce mardi 25 septembre 2007 : 5ème jour d’occupation chez Wimétal.

 

Grande animation autour du siège de Wimétal ce mardi soir. On y est plus déterminé que jamais, ayant expérimenté que le rapport de force est nécessaire pour d’abord se faire entendre, ensuite se faire respecter et enfin pouvoir discuter. Car les choses sont en train de changer, et l’un des indices est incontestablement le changement de ton des commentaires délivrés par le "plus grand quotidien d’Alsace". Il n’est plus question de ne laisser la parole qu’à ceux qui ont pris la décision, il y a longtemps semble-t-il de fermer le site de Wissembourg, mais également de la donner à ceux grâce à qui les richesses sont produites, les ouvriers. Après tout, le drame qui frappe les 181 personnes de l’entreprise aura au moins appris que pour faire du bon journalisme, il faut aller chercher l’information et accepter que tout le monde s’exprime, tout le monde sans exclusive.

 

Sur place, délégués du personnel et secrétaire général métallurgie CGT Bas-Rhin assurent l’accueil. L’ambiance est à la fois sérieuse et décontractée. On se prépare à passer une nouvelle nuit sur place où les équipes d’occupation se relaient en 8 x 3.

La question de la représentativité n’est pas à l’ordre du jour puisque l’assemblée générale de ce matin a réuni une bonne centaine de personnes et qu’elle a voté la reconduction du mouvement à la quasi-unanimité. Cela n’empêche pas quelques membres du personnel, de la maîtrise surtout, d’être là. Ils rejoignent à pied leur véhicule qu’ils ont eu la prudence de laisser à l’extérieur : ainsi, il ne leur arrivera pas la mésaventure pas tout-à-fait imméritée du directeur dont la voiture, de location, est bloquée à l’intérieur, avec le matériel.

 

Les ouvriers ont eu de la visite ces derniers jours, en plus de la presse audiovisuelle et écrite. Ainsi, le député, qui n’était au courant de rien, mais qui est tout de même nouveau président de l’association de développement économique de l’Alsace du nord, et qui était à Paris (normal pour un député, surtout quand on est maire de Niederbronn), a-t-il fait le déplacement. C’est gentil de sa part, mais on peut peut-être pour la prochaine fois lui suggérer de préparer son intervention et d’arriver avec autre chose que la redite des fortes sentences de Monsieur L. Jospin devant les ouvriers de Michelin, du temps où il était premier ministre. Bref, je vous soutiens, et je vous aiderai. Ça ne mange pas de pain, en plus que ça en dit long sur ses connaissances de la réalité socio-économique de la circonscription qui lui a renouvelé sa confiance (mais savait-elle ce qu’elle faisait ?) il n’y a pas si longtemps. Merci pour les électeurs !

Visite également des ex-renseignements généraux qui viennent aux nouvelles. On pourrait leur suggérer de publier leur rapport dans la presse, ça nous ferait de l’information.

Plus intéressante est la démarche de la direction qui demande des négociations rapides. Elle y a tout intérêt, car le blocage de la production, dont la responsabilité lui incombe du fait du caractère calamiteux de sa politique d’information : a-t-on le droit d’annoncer du haut d’une passerelle, en quelques minutes, à des ouvriers que l’usine pour laquelle on leur a demandé des sacrifices, va fermer dans les prochaines semaines, et de ponctuer son intervention d’un "Ne me posez pas de question, je n’y répondrai pas." ? Que chacun réponde.

 

Mais il n’y a pas que les visiteurs, il y a aussi le courrier, dont cette lettre, applaudie selon la P2R, du maire de Wissembourg qui se déclare solidaire : « En mon nom personnel, au nom du conseil municipal et de tous les salariés de la Ville, j'exprime à l'ensemble des salariés l'expression de notre solidarité... La Ville sera à vos côtés pour apporter toute l'aide et le soutien nécessaires notamment afin que vos droits sociaux soient scrupuleusement respectés. » C’est ce que vous avez pu lire dans le journal, mais ce qui vous manque, c’est de savoir que le mercredi 5 septembre 2007, le chef de file de l’opposition était invité à suivre dans son bureau le maire qui avait des choses importantes à lui communiquer. Il s’agissait de lui dire, sous le sceau du secret, que Wimétal, c’était fini, pour la fin de l’année. Cela veut dire que cette personne le savait dès le 5 septembre, et qu’elle s’est abstenue à l’époque d’exprimer « à l'ensemble des salariés l'expression de notre solidarité... La Ville sera à vos côtés pour apporter toute l'aide et le soutien nécessaires notamment afin que vos droits sociaux soient scrupuleusement respectés. » C’est pour le moins un peu dommage. Sans compter qu’exprimer une expression, c’est un peu rude.

 

Et puis cela signifie que cette personne qui en savait vraisemblablement beaucoup plus long depuis beaucoup plus longtemps, n’a rien fait pour anticiper et préparer intelligemment la structure d’accueil industriel qui aurait amorti le choc de l’annonce de la semaine dernière.

 

Pour en revenir à l’occupation de l’usine, ce sont une bonne vingtaine d’employés qui se relaient, partageant les différentes charges que cela entraîne. L’organisation de la solidarité est sérieuse et réfléchie, les personnes étrangères à l’usine ne passent pas la barrière, la surveillance est rigoureuse. Et, ce qui ne gâche rien, l’ambiance est bonne, entretenant le moral, soutenant ceux pour qui la pression est trop forte. Quelques-uns des employés ont ainsi besoin d’être soutenus par leurs camarades pour ne pas basculer dans la dépression. Car on oublie cela dans les comptes-rendus des conseils d’administrations : les ouvriers, les employés, les collaborateurs sont des femmes et des hommes qui ont des sentiments, qui peuvent être fragilisés par les circonstances familiales en plus du contexte social exécrable. Mais ici, on n’est pas chez des hors-la-loi, on est dans une situation d’autodéfense sociale, et de reconnaissance de la dignité de ceux qui travaillent.

 

Sur le plan matériel, la solidarité est bien organisée aussi, chacun rapportant ce qu’il peut pour les copains, tous sachant qu’ils sont dans une galère dont ils ne sortiront que s’ils savent rester soudés. Bon point plutôt sympathique, le signal de FO de Rhom and Haas qui s’est manifestée, en plus des autres sections d’entreprise de la CGT, mais là il s’agit de quelque chose de plus classique.

 

En y regardant bien, c’est il y a trois ans que les ennuis ont véritablement commencé avec la volonté de la direction d’envoyer des pièces à Laval, puis l’arrivée du marché Jaguar dont le site de Edenkoben ne voulait pas parce qu’il ne parvenait pas à honorer la commande. Puis ce sera Ford, et à chaque fois, Wissembourg s’en sort mieux que les autres en fournissant du travail dont la qualité est reconnue. Dans le même temps, les départs se sont multipliés dans une certaine discrétion, plus ou moins volontaires, négociés.

En juin 2006, on faisait de la place dans l’atelier pour les "nouveaux business" qui devaient sauver sa mise au site. Puis les bruits se sont amplifiés de cette industrie automobile qui se déplace inexorablement vers les nouveaux marchés de l’est, là où les grands groupes français investissent massivement pour faire construire les voitures qu’ils nous vendent. Mais tout cela en restait au stade des bruits de bruits, des conversations de conversations. Car en réunion de comité d’entreprise, on n’a jamais rien entendu de tel, comme si ce qui arrive maintenant avait maintenu secret depuis si longtemps pour n’être dévoilé qu’au moment où tout est joué, coupant court à toute forme de réplique organisée. Selon les interlocuteurs, "on a tout perdu d’un seul coup !" Mais contrairement à ce que pense / pensait [rayer la mention inutile] la direction, le personnel en lutte n’est pas en position de faiblesse, car il est moralement bien soudé. Et en plus, ajoute-t-on, "on a un gros poisson à l’hameçon !"

 

Pour l’heure, les délégués CGT exigent au nom du personnel en grève :

·      Le maintien de l’activité et des emplois chez Wimétal à Wissembourg

·      La présentation et l’analyse de la situation financière de l’entreprise et du groupe

·      Des éclaircissements précis sur les raisons du projet de fermeture du site

·      Des éclaircissements précis sur la part de responsabilité de la direction

·      Au cas où la fermeture interviendrait, quels sont les moyens financiers d’accompagnement que le groupe Tenneco mettra en œuvre

·      Le maintien du salaire durant le conflit.


P.S. : rendez-vous vendredi 28 septembre 2007 à partir de 11h00 devant les portes de l'usine en lutte pour une manifestation de soutien aux ouvriers.
Publié dans : pumpernickel - Ecrire un commentaire
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